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 Gemminy [G - un peu de PG13]

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fallenRaziel
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MessageSujet: Gemminy [G - un peu de PG13]   Sam 4 Aoû 2018 - 10:15


Un monde isolé, au milieu de l'espace... Une terre solitaire, au milieu de l'océan...

Quatre gemmes élémentaires, dispersées aux quatre coins du monde, sous la garde de sages sentinelles...

Un Empire qui désire le pouvoir absolu, un peuple qui a soif de liberté...

Lorsque les jumeaux Beryl et Krysos fuient leur village détruit par des soldats inconnus, ils n'imaginent pas quelle épopée ils s'apprêtent à vivre. Cette quête les amènera à remettre au jour les origines du monde, ainsi que les leurs...

Que disent les légendes antiques auxquelles peu de personnes croient encore ? Qu'à LunaPiair dort un héros...

Que dit la prophétie de l'Oracle Lunaire Emerald dont peu de gens se souviennent ?

Quand les deux étoiles jumelles se lèveront
Aux côtés de la Lune que nous prions
Le jour suivant sera mis à terre
Le règne du tyran au coeur de pierre.

La Lune, dans sa pâle clarté mystérieuse, connaît-elle la réponse ?





Le texte de Gemminy est placé sous copyright : https://copyrightdepot.com/cd83/00056000.htm



"Les Ackerman ne pleurent jamais quand ils naissent,
ni quand ils meurent.
Mais entre ces deux extrémités,
leur vie est un chemin de larmes" 


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Dernière édition par fallenRaziel le Sam 4 Aoû 2018 - 21:56, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Sam 4 Aoû 2018 - 11:14

(Première Partie)



« Si l'on met le feu à ta maison, approche-toi pour t'y chauffer... »




Dans le coin le plus reculé de Zyrconia, de la fumée s'élevait en permanence des rochers, chauffés par les fortes températures souterraines. Ces émanations piquantes ne masquaient pourtant pas le ciel bleu visible au-delà, indifférent à la fournaise. Quelques rares végétaux poussaient ici et là entre la pierraille, un peu rabougris et abattus par ces conditions de vie.

Un geyser d'eau jaillit, éclaboussant une large zone de gouttelettes brûlantes. Pour se risquer dans cet endroit inhospitalier, une bonne connaissance du terrain et des dangers inhérents à cette région s'avérait nécessaire. Un chemin grossier, tracé par les pas de ceux qui avaient osé s'aventurer jusque-là, constituait la seule preuve de civilisation dans les environs. La faune se limitait à quelques lézards, rongeurs et surtout aux redoutables drakones, reptiles ailés terrifiants, tout de griffes et de crocs. La saison de la ponte rendait les femelles plus agressives que d'habitude. Mais les nids se situaient un peu plus loin au nord et à l'est, et avec un peu de prudence, par petits groupes de deux ou trois, il demeurait possible de grimper sur les versants jusqu'à une certaine altitude.

À travers la brume ardente, deux jeunes hommes se mouvaient avec lenteur, et choisissaient avec précaution les endroits où poser les pieds. Chaussés de hautes bottes, ils se faufilaient entre les panaches de fumée, en quête de quelque chose. Lorsqu'ils eurent trouvé le lieu qu'ils cherchaient, l'un des deux déposa à terre un sac vide et entreprit de fouiller un tas de pierres. Son compagnon s'assit sur un rocher tiède à proximité, et scruta les alentours.

Leurs traits paraissaient identiques, mais leurs attitudes étaient très différentes. Celui qui avait entamé le travail de fouille arborait une expression concentrée, des yeux vifs et directs, des gestes précis et soigneusement répétés. L'autre observait son semblable d'un regard voilé ; ses pupilles invisibles ne le rendaient néanmoins pas aveugle et ses iris rouges suivaient le moindre mouvement de son frère. Nerveux, il tordait convulsivement un pan de sa tunique du bout des doigts.

Celui qui fouillait le sol perçut la nervosité de son jumeau et interrompit un moment son labeur pour lui sourire.

― Ne t'en fais pas, Beryl, il n'y a pas de drakone par ici. On va même peut-être pouvoir grimper un peu plus haut. Un gros gisement de pierres-flambeaux se trouve par là-bas.

Il désigna une hauteur proche. Les pierres-flambeaux avaient la particularité de brûler comme du petit bois quand on les frottait fortement l'une contre l'autre. Les hivers rudes obligeaient les humains à faire des réserves avant la fin de l'automne, qui commençait à peine.

Beryl voulut retourner son sourire à son jumeau, mais il ne réussit à produire qu'un rictus forcé. Il ne se sentait pas en sécurité malgré les paroles de son frère. Celui-ci se passa la main sur le front, repoussa en arrière une longue mèche de cheveux d'un blanc éclatant et jeta un coup d'œil vers le ciel dégagé. Il s'attendait à tout instant à apercevoir une silhouette ailée qui démentirait son pronostic peut-être trop confiant.

Beryl tourna son attention vers le sud, en direction du petit village en contrebas, à peine visible dans la brume matinale. Leur foyer, bien qu'ils sussent depuis longtemps qu'ils ne faisaient pas vraiment partie du peuple qui y vivait, était coupé du monde par les Pics Volcaniques. Les jumeaux, différents des autres par leur physique atypique, n'avaient jamais suscité la peur ; les habitants de TigrEye, le village du Feu, les acceptaient. Leur mère adoptive, Ferypenda Braisang, la grande prêtresse, les avait recueillis ici, dans ces montagnes, une vingtaine d'années auparavant. Mais elle n'en avait pas dit davantage sur leurs origines... Peut-être les ignorait-elle.

TigrEye était construite dans une petite dépression au milieu des volcans. Un endroit dangereux, pourrait-on penser aux premiers abords, mais aussi très fertile. Les cultures y poussaient facilement et l'eau, même si elle demeurait rare, ne manquait pas à ceux qui savaient où la trouver. Ils avaient appris à se passer de ce dont ils ne disposaient pas. Les besoins des autochtones restaient modestes. Ils élevaient quelques animaux pour la chair et le lait qu'ils produisaient, et consommaient le fruit de leurs récoltes, toujours suffisantes pour que personne ne souffre de la faim.

Les habitations étaient majoritairement construites en pierres, certaines souterraines, creusées dans l'épaisseur des anciennes coulées de lave ; d'autres, moins vastes, étaient faites de bois, mais la rareté de ce matériau dans cette région sans arbre en limitait le nombre. Le seul moyen de s'en procurer consistait à se rendre sur une île non loin d'ici, sur laquelle poussait une petite forêt clairsemée.

Le bâtiment sans conteste le plus impressionnant était le Temple du Feu du Sud, l'unique lieu de culte. Il dominait le centre du village, construit au milieu d'un parvis lui-même surélevé. Aucun des jumeaux ― ni aucun simple villageois d'ailleurs ― ne pouvait y entrer ; l'accès restait réservé aux officiants, et même le statut de fils adoptifs de la prêtresse-mère ne donnait pas ce privilège. Tout le monde supposait que le temple servait de cachette à quelque chose de très précieux, mais personne ne savait exactement ce dont il s'agissait. Sauf peut-être les anciens qui se contentaient de sourire malicieusement quand quelqu'un posait la question.

Ferypenda leur avait appris que, grâce à cet objet mystérieux, TigrEye vivait en paix, sans avoir à craindre les drakones ou les rigueurs du climat. Le frère de Beryl n'avait jamais été très croyant, mais vu les circonstances et les dangers qui entouraient TigrEye, il devait bien admettre que quelque force surnaturelle entrait sûrement en jeu.

Cela faisait maintenant plusieurs heures qu'ils avaient quitté le village pour leur récolte matinale, et le soleil se hissait de plus en plus haut. Pourtant, la lune ne s'estompait pas et restait suspendue au milieu du ciel, comme un orbe brillant. Ferypenda répétait fréquemment que le jour où elle ne serait plus visible à chaque instant de la journée serait celui de la fin du monde actuel. Mais le frère de Beryl ne pensait pas souvent à ce genre de chose ; il préférait vivre le moment présent sans trop s'interroger.

Cependant, la nervosité de son jumeau le gagnait lui aussi. Liés autant par l'esprit que par le sang, ils partageaient leurs émotions, parfois sans le vouloir, et celles de Beryl paraissaient chaotiques à cet instant.

― Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Tu vas cesser de t'agiter ? le sermonna-t-il gentiment. Tu me déconcentres !

Mais le jeune homme se laissa glisser à bas de son rocher, sans répondre. D'un doigt tremblant, il indiqua le sud, la direction du village... Et son jumeau comprit alors. De longs panaches de fumée tout à fait inhabituels émanaient de celui-ci. Et là, au centre, on discernait des lueurs dansantes, comme celles d'un feu...

Il lâcha son sac de pierres-flambeaux sous le coup de la surprise. Il savait que les prêtres du temple procédaient à des cérémonies chaque matin, mais jamais jusqu'à présent il n'y avait eu d'accident. Était-il possible qu'un rituel ait mal tourné ? Il pensa à Ferypenda qui dirigeait toujours les célébrations et saisit la main de son frère afin de l'entraîner dans sa course.



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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Sam 4 Aoû 2018 - 11:58

Un chapitre qui a suscité ma curiosité, je suis intriguée par cette histoire rire démoniaque  des reptiles terrifiants... sadique de quoi ravir les neurones de mes petites! 


Le silence est parfois plus éloquent que les mots

**
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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Sam 4 Aoû 2018 - 12:02

Merciiii

Héhé, les drakones ne sont pas le sujet principal, mais un élément de mon bestiaire. J'essaie autant que possible de sortir des clichés de la fantasy, mais le motif du dragon me paraît quand même incontournable^^



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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Sam 4 Aoû 2018 - 12:40

(Seconde Partie)






Le village reposait dans une brume épaisse, trop compacte pour être naturelle. Dans les rues flottaient des effluves inconnues, l‘odeur d‘un matériau étrange qui brûlait. Les jumeaux, hors d'haleine, apercevaient çà et là dans la semi-pénombre des silhouettes en train de fuir, qui s'évanouissaient dans les ténèbres. Ils tentèrent de leur courir après en criant, mais ils ne parvinrent pas à les atteindre.

Les yeux larmoyants, ils discernèrent petit à petit ce qui ressemblait à des corps allongés. S'agenouillant près de l'un d'eux, le frère de Beryl constata avec horreur que la mort l'avait frappé. Une mort violente. Une grande plaie sanglante s'ouvrait dans la poitrine de la malheureuse jeune fille. Sur le visage pâle, aux lèvres bleues, se lisait encore une expression de pure terreur. Il se releva, le cœur plein de colère : qui avait bien pu commettre un tel crime ?

S'arrêtant devant d'autres cadavres, les macabres découvertes se multiplièrent. Ils avaient été passés au fil de l'épée pour la plupart, d'autres gisaient décapités… Beryl détourna les yeux et se mit à sangloter doucement ; son frère, choqué lui aussi mais décidé à ne pas se laisser aller à la peine, le prit par les épaules :

« Ecoute, c'est terrible… Je sais..." Sa voix tremblait. Il faut trouver Fery... »

Il choisit de ne pas révéler à son jumeau en larmes ses craintes, ses interrogations sur les auteurs du bain de sang qui s'étalait à leur pied. Il reprit Beryl par la main et se dirigea vers le centre du village et le temple. Plus ils avançaient, plus les émanations gazeuses les prenaient à la gorge, les faisant tousser et pleurer. Le frère de Beryl déchira de sa tunique un lambeau de tissu qu'il plaqua sur sa bouche ; il en fit de même pour son jumeau.

Il leur fallait faire de gros efforts afin de ne pas regarder trop longtemps les corps qui jalonnaient la route. Parfois, remplis d'espoir, ils s'arrêtaient près d'une silhouette allongée, qui, à cause de leur vision troublée, leur semblait avoir bougé, mais devaient à chaque fois goûter l'amère déception de s'être trompés.

Ils parcoururent une bonne centaine de mètres avant d'apercevoir, adossé à une maison, un homme vivant mais suffocant, qui se tenait l'abdomen des deux mains. Le frère de Beryl courut vers lui, trop heureux de découvrir un survivant. C'était un vieillard qu'il connaissait bien.

« Néphryth ! Qui t'a fait cela !? Que s'est-il passé ? Qui a perpétré ce carnage ?! »

Tout en posant ces questions, il essayait tant bien que mal de stopper le sang du vieux Néphryth qui s'épanchait lentement, et appliqua de ses deux mains sur la plaie un tampon de tissu déchiré à la tunique de Beryl. Le vieillard n'avait déjà presque plus de souffle, mais il parvint à articuler, s'accrochant des deux mains aux vêtements du jeune homme penché sur lui :

« Krysos... Beryl... Le temple… ils nous ont… trouvés. Ils vont… la prendre… Krysos, vous devez… Fuir… fuir tout de suite… »

Néphryth agonisait. Krysos, savait qu'il n'en avait plus pour longtemps, et que ses efforts pour le maintenir en vie étaient vains, mais il devait lui demander encore une chose :

« Néphryth, je t'en prie, reste avec moi ! Dis-moi où est Ferypenda ! Est-elle… vivante ? »

Il eut du mal à articuler le dernier mot, comme si la mort de sa mère adoptive, la grande prêtresse du Feu, était inenvisageable…

Les mains du vieux Néphryth se firent molles et retombèrent bientôt à son côté. Krysos se mordit la lèvre de dépit, conscient de n'avoir pas pu sauver cet homme, cet homme qu'il connaissait depuis son enfance, avec qui il avait tant discuté, tant marché, tant appris… Il croisa les poignets de Néphryth sur sa poitrine et regarda autour de lui afin de chercher un outil pour creuser une tombe. N'en trouvant pas, il baissa la tête avec découragement, dépité de devoir laisser le cadavre de son vieil ami se décomposer à l'air libre, et se contenta de lui murmurer un solennel "bon voyage".

Il se releva en serrant les poings de frustration, et s'adressa à son frère :

« Je sais que tu as peur ; moi aussi. Mais nous devons aller jusqu'au temple, nous devons comprendre ce qui se passe. Je ne partirais pas d'ici avant de découvrir ce qu'est devenue Fery… »

Surmontant sa terreur, Beryl mit sa main dans la sienne, pour lui signifier qu'il le suivrait où qu'il aille. Ils remirent leurs masques de fortune sur leurs visages et reprirent leur route, de plus en plus abattus.

Plus ils avançaient vers le centre du village, plus les cadavres s'amoncelaient : il y avait là autant de femmes que d'hommes, et même… des enfants. Certains portaient encore des outils de défense rudimentaires entre leurs doigts rigides, mais d'autres semblaient s'être faits faucher sans opposer la moindre résistance. Et ils ne pouvaient rien faire pour eux… L'idée de devoir laisser ces corps ici, dans leur tombe à ciel ouvert, répugnait les jumeaux. Mais des vivants avaient peut-être besoin d'eux.

Ils entendirent bientôt des sons métalliques retentir dans les rues proches devant eux : des bruits d'armes qui s'entrechoquaient. Krysos réalisa alors qu'il n'avait pas son épée. Il en ramassa une au hasard près de lui - d'une facture étrangère plutôt mauvaise -, s'attendant à chaque instant à tomber sur un assaillant assoiffé de sang. Il ne savait pas contre combien d'ennemis il pourrait défendre son frère, mais il était bien décidé à faire face autant que possible ; s'il devait mourir ici avec les autres, ce ne serait pas sans combattre. Avec prudence, il tourna au coin d'une rue, laissant son regard plonger au centre de l'esplanade principale de TigrEye.

Le spectacle le cloua sur place : des hommes portant de légères armures dorées massacraient ce qui restait de la population. Des prêtres surtout, mais aussi des villageois, tentaient tant bien que mal de se défendre en utilisant comme arme tout ce qui se trouvait à leur portée. Mais les habitants de TigrEye n'étaient pas des guerriers. Jamais ils n'avaient eu à repousser une telle sauvagerie.

A la vue des corps jetés en tas avec indifférence, les sens de Krysos se brouillèrent. La rage si familière, toujours au rendez-vous quand il sentait l'appel du combat, l'envahit. Son sang commença à bouillonner violemment et amena avec lui son cortège habituel de sensations fortes ; ses muscles se tendirent, sa mâchoire se contracta, ses yeux rouges se plissèrent pour davantage d'acuité... Il serra la poignée de l'épée ébréchée et s'apprêta à voler au secours d'une pauvre prêtresse, poursuivie par un soldat. Au moment où il se jetait sur l'agresseur il entendit dans sa tête l'appel lancé par Beryl, qui le suppliait de ne pas se battre, de ne pas l'abandonner. Il ralentit son geste une fraction de seconde, mais le cri de la femme fut le plus fort sur le moment. Il abattit sa lame sur l'ennemi, tranchant dans l'os la partie de son corps que sa piètre armure ne protégeait pas entièrement. L'homme s'écroula sans un hurlement, toujours aussi anonyme qu'un instant plus tôt.

Krysos n'avait jamais encore ôté la vie d'un humain. Il fut surpris de la facilité avec laquelle il avait effectué cette action. Il ne ressentait nulle peur, nul regret de l'avoir fait. Le guerrier retourna le corps avec son pied. Son armure, bosselée et de mauvaise fabrication, portait un insigne qu'il ne reconnut pas : un soleil symbolique aux multiples rayons. La jeune prêtresse, qui n'avait pas dû distinguer son sauveur dans l'épaisseur du brouillard qui régnait dans cette zone, s'était enfuie.

Krysos revint auprès de son frère et le mena un peu plus loin, avec encore plus de prudence car les bruits de combat redoublaient. Les silhouettes des meurtriers et des victimes se mêlaient confusément dans la pénombre mortelle. Encore une fois, malgré les supplications de Beryl, Krysos se jeta dans la bataille et tua quelques autres assaillants. Ses leçons d'escrime basiques, qu'il avait considérées au départ comme un simple passe-temps, avaient porté leurs fruits. Cependant, il arrivait en général trop tard : les soldats qu'il abattait - hélas ! en si petit nombre - avaient déjà fait leur lot de morts. Il ne put sauver personne, se contentant dans sa tristesse mêlée de fureur, de rendre aux bourreaux la monnaie de leur pièce. Enfin, découragé, bouleversé, sa rage l'abandonnant petit à petit, il s'accroupit au milieu des monceaux de morts et laissa ses larmes couler.

Qui étaient-ils ? Pourquoi avoir fait cela ? De quoi étaient coupables ces gens pour mériter pareil châtiment ?

Beryl le rejoignit et posa sa main tremblante sur son épaule. Krysos ne sut plus quoi faire sur le moment : devaient-ils continuer et risquer la mort à chaque mètre parcouru ? Y avait-il une chance que Ferypenda soit vivante ? L'idée de leur mère adoptive aux prises avec ces monstres les torturait… Combien de temps s'était écoulé depuis qu'ils avaient pénétré dans le village attaqué ? Dix minutes ? Trente ? Une heure ? Ils ne s'en souvenaient plus, et leurs gorges irritées les faisaient souffrir.

Le parvis semblait désert à première vue. Comme dans les rues adjacentes, des cadavres par dizaines jonchaient les pavés, éclaboussés de sang. Des lueurs dansantes se reflétaient sur les façades des maisons. Un silence pesant régnait sur ce spectacle de ruine. Mais Krysos, caché avec son frère derrière un pan de mur, remarqua sans peine les soldats qui faisaient les cent pas devant le temple. Le temple…

Des langues de feu virulentes commençaient à en sortir, par les portes fracassées et jetées bas ; les flammes tambourinaient sur les fenêtres comme des poings désespérés. Au milieu de cet enfer, une silhouette émergea du bâtiment sacré, lentement, comme si la proximité du danger ne l'effrayait pas. Elle s'arrêta sur le parvis, et un instant, Krysos aperçu dans sa main un éclat rouge, qui pulsa quelques secondes avant de disparaître. L'inconnu portait une légère cuirasse dorée, avec les mêmes insignes que les autres soldats. Un souffle de vent chaud venu du temple souleva une lourde natte de cheveux blonds, qui sortait de son casque comme un cimier. Son visage était caché mais Krysos comprit que c'était une femme ; il discerna alors mieux les formes féminines de son armure…

La haine l'envahit encore. L'attitude de cette guerrière inconnue était la dernière insulte qu'il pouvait endurer. Elle était responsable, il le savait : elle avait, d'une manière ou d'une autre, profané le sanctuaire, et volé quelque chose, comme Néphryth l'avait prédit. Mais quoi ?

Le feu sacré de TigrEye faisait rage dans le sanctuaire ; les flammes se tendaient vers l'extérieur, rampaient comme des serpents à la recherche de quelque chose à mordre. Déjà les pierres du parvis roussissaient sous leur assaut et bientôt elles se propageraient à tout le village. Ce feu dévorerait tout, le bois et la chair comme le métal et la pierre.

Krysos sentit sa fureur le porter en avant, lui dictant de trancher en deux cette femme monstrueuse. Mais la poigne de Beryl l'arrêta cette fois ; il reprit alors un peu ses esprits et considéra la situation : des gardes patrouillaient tout autour du temple, et sans compter la guerrière sur l'esplanade, il serait suicidaire de se mettre à découvert maintenant. Il ravala sa colère, serrant la main de son frère afin de se contenir.

La femme en armure dorée fit un geste à l'attention de ses hommes et ceux-ci se placèrent en rang. Elle descendit les marches du parvis, d'une démarche pleine d'assurance, comme si ce village lui appartenait. Elle se plaça près du soldat de tête, qui semblait l'attendre, et celui-ci lui parla :

« Il y a eu beaucoup de résistance, Madame, mais nous en sommes venus à bout. Ces paysans ne savaient pas se battre. »

Elle répondit d'un ton de mépris :

« Ces chiens n'auraient pas dû nous résister. S'ils s'étaient laissés faire bien gentiment, ils seraient sans doute encore vivants. Qu'importe, nous avons ce que nous cherchions. En route ! »

La cohorte s'ébranla alors. Beryl et Krysos durent se contenter de les regarder passer, impuissants, toujours dans l'ignorance de l‘objet qui avait mené à ce bain de sang. Une fois seuls, ils se mirent à tousser frénétiquement : la fumée s'était faite plus dense et on ne voyait presque plus à un pas devant soi. Malgré tout, Krysos devait jouer sa dernière chance. Il se dirigera difficilement vers le temple en flammes, et amenant ses mains en porte-voix, il cria avec le peu de souffle qui lui restait :

« Fery ! Fery ! Où es-tu ? »

Aussitôt, comme en réponse, un énorme craquement retentit et le toit s'affaissa sur lui-même. De gigantesques langues enflammées s'en échappèrent, enfin libres, et le vent les poussa en direction des maisons proches. Les habitations de bois s'embrasèrent immédiatement ; celles en pierre résistèrent plus facilement, mais le feu sacré aurait raison d'elles à la longue. Dans le brasier, des formes fantasmagoriques semblaient prendre forme, telles des têtes de drakones grimaçantes, arrachant de leur griffes et de leurs crocs ardents tout ce que les flammes atteignaient.

Krysos toussa douloureusement avant de se replier. Personne ne pouvait avoir survécu ici, pas même Ferypenda ; son Don la rendait insensible à la douleur, pas immortelle. Tout au plus aurait-elle pu échapper à un incendie ordinaire, mais à une telle fournaise déchaînée…

Les jumeaux se retirèrent dans un quartier voisin, assez loin de l'incendie qui continuait malgré tout de se propager. Bifurquant de nombreuses fois dans les ruelles, ils se retrouvèrent devant leur propre maison, une bâtisse de pierres solide. Ils y trouvèrent refuge et un air étonnamment plus respirable. Entre deux halètements, Krysos s'adressa à son frère :

« Nous devons faire ce que Néphryth a dit : nous devons fuir. Du reste, c'est ce que Fery aurait voulu. Tu te souviens de ce qu'elle disait souvent ? Que s'il devait arriver malheur au village, que si tout espoir était perdu, nous pourrions le recouvrer au nord ? Que nous devions suivre la Lune ? Alors, nous allons le faire, Beryl ! »

Beryl exprima son inquiétude, teintée de découragement. Krysos tenta de le rassurer, malgré sa propre incertitude : avait-il bien interprété les paroles de Ferypenda ? Était-ce ce qu'ils devaient vraiment faire ? Il se souvint de l'étrange attitude de la prêtresse ces derniers temps : quand elle sortait de ses transes, les sombres présages qu'elle avait entrevus se lisaient sur son visage… Avait-elle en partie prévu cette catastrophe ?

Le crépitement des flammes se rapprochait. Krysos bondit à l'étage de la bâtisse et, entrant dans une chambre pourvue de deux lits accolés, il se laissa tomber à terre et fouilla sous l'un d'eux. Il se releva, tenant dans ses mains une épée enveloppée d'un linge blanc. Quand il redescendit, il remarqua que Beryl avait déjà rassemblé dans une besace le peu de nourriture qui se trouvait dans la maison : du pain et des fruits. Il le remercia de sa prévoyance par un sourire triste.

Les deux frères fuirent le village, se détournèrent à contrecœur de l'incendie qui s'employait à terminer son travail. Laisser brûler des cadavres était une tragédie, mais ils n'auraient pu se charger de les enterrer tous. Ils n'en avaient ni la force ni le temps. Les victimes ne reposeraient pas dans le sein de la terre dont-elles étaient issues, leurs chairs ne retourneraient pas à leur matrice originelle, aucune gemmes ne naîtraient de leur mort afin de rappeler leur vie…

Ils se retrouvèrent au pieds des Pics Volcaniques : aucun signe visible de la cohorte ennemie. Elle était sans doute bien plus loin, sur les pentes. Krysos sourit amèrement : on lui avait si souvent dit que les Pics étaient impossibles à traverser… Pas pour des hommes déterminés, visiblement. Et cela, dans un sens, lui redonna confiance. Si ces soldats caparaçonnés de fer avaient pu le faire, pourquoi pas eux ? Beryl surprit sa pensée et prit peur. Son frère le rassura, tout en ne lui cachant pas la vérité.

« Je veux retrouver cette femme ! tonna-t-il. Il faut traverser ces volcans, et si personne de TigrEye ne l'a encore fait, je peux te jurer que nous seront les premiers ! »

Il leva les yeux vers les cimes qui ne lui avaient alors jamais paru plus menaçantes. Les montagnes pointues semblaient le narguer d'en haut, l'invitant à tenter ce que, il y a à peine quelques instants, il pensait impossible. Le Monde Extérieur attendait au-delà… un monde dont-ils n'avaient tout deux jamais entendu que de vagues rumeurs, toutes plus ou moins légendaires.

Le village était anéanti, son peuple massacré, et pourtant quelque chose tout au fond de lui le poussait en avant, accompagné du secret espoir de récupérer ce que les siens avaient défendu de leur vie. Ce serait le dernier hommage à leur rendre… Il leur fallait suivre la voie indiquée par Ferypenda, suivre la Lune… Krysos se croyait capable d'entreprendre cette ascension périlleuse, mais Beryl le supporterait-il ? Il était bien moins résistant que lui…

Sentant son trouble, le jeune muet lui prit la main et posa sa tête sur son épaule, mêlant sa chevelure brillante à la sienne. Ils tremblèrent à l'idée du périple qui les attendait.



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ni quand ils meurent.
Mais entre ces deux extrémités,
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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Sam 4 Aoû 2018 - 21:20

Dans l'ensemble je ne suis pas une lectrice d'héroïc fantasy, mais je dois avouer que ton histoire m'a accrochée! Ce massacre par un peuple mystérieux et ses jumeaux qui ne communiquent que par télépathie, l'un semblant protéger l'autre, je dois avouer que l'on a vraiment envie de connaître la suite! :j:aime:


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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Sam 4 Aoû 2018 - 21:29

Merciiiii^^
En fait, Beryl est le seul qui communique tout le temps par la pensée, Krys, lui, lui parle parfois en pensée ou à haute voix^^



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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Sam 4 Aoû 2018 - 21:35

(Troisième Partie)




Leur marche se révéla moins pénible depuis qu'ils s'étaient éloignés du foyer de l'incendie. Toutefois, ils avançaient pas-à-pas, tant à cause de leur abattement moral que de la difficulté du terrain, creusé d'ornières, de crevasses sinistres et de précipices, qui les obligeaient parfois à dévier de plusieurs mètres. Ils marchaient tête basse, les bras ballants, et ne communiquaient que peu, même en pensée.

A certains moment, Beryl avait du mal à passer un obstacle et son frère devait l'aider à escalader un rocher ou à sauter par-dessus un trou. Avec la robe ample dont il était revêtu, la route se révélait difficile pour lui, et Krysos dût le porter à diverses reprises.

La Lune paraissait plus grande ici que près du village, signe qu'ils avançaient bel et bien malgré les distances trompeuses. Elle demeurait toujours visible dans le ciel, même de jour, mais brillait davantage la nuit, et sa puissance magnétique devenait plus forte. Elle exerçait une attraction particulière sur les deux frères, comme si elle veillait sur eux de là-haut, telle une mère qui aurait perdu ses enfants. Les jumeaux avançaient toujours en regardant l'astre céleste, certains que s'ils ne le quittaient pas des yeux, ils ne s'égareraient pas.

Un ensemble rocheux assez impressionnant se découpa dans la clarté diffuse. De forme arrondie, ovoïde, un rocher éclaté en son centre laissait entrevoir une autre couche rocailleuse, plus fine, elle aussi ovale, dont la base était incrustée de gemmes précieuses qui brillaient dans la pénombre. Le tout semblait étrangement déchiqueté, comme s'il avait implosé. Les jumeaux s'attardèrent à cet endroit, contemplant l'étrange édifice de roche, avec la quasi conviction que c'était de ce lieu que leur avait parlé Ferypenda quand ils étaient petits, quand elle disait en murmurant « Je vous ai trouvés dans une pierre... »

Ils caressèrent les bords déchirés de la coque interne, essayant de se souvenir de ce qui s'était passé ici jadis, vingt ans auparavant. Comment Ferypenda les avait-elle dénichés, dans ce paysage aride ? Avait-elle été surprise de les découvrir là ? Les avait-elle pris dans ses bras, tout de suite, parée de son habituel sourire triste ? Ou alors avait-elle eu une hésitation devant leurs faces blafardes et leurs yeux rougeoyants ? L'idée de les laisser ici l'avait-elle effleuré ? Le souvenir de la grande femme aux cheveux auburn et au regard froid leur brisa le coeur, elle qui s'était exposée au mécontentement de son peuple en adoptant deux enfants inconnus. Une prêtresse-mère devait se dévouer entièrement à son sacerdoce ; le temps qu'elle avait passé avec eux lui avait sans doute coûté, mais que d'instants de bonheur partagés à eux trois... Les joyaux luisaient paisiblement, sans révéler aucun secret. Peut-être se trompaient-ils, peut-être cet endroit n'avait-il rien à voir avec eux.

Ils ne purent rester ici plus longtemps, tiraillés par la soif et la faim, et par le désir de sortir de ce labyrinthe de pierre hostile.

Sur la route, ils aperçurent les vestiges d'un campement, un feu de bois mal éteint, et même quelques restes de victuailles. Ils s'en délectèrent comme ils purent, afin d'économiser leurs maigres provisions, même s'ils savaient que cela avait été laissé là par leurs ennemis. Par contre, l'eau se faisait rare, et les quelques filets liquides miraculeux qu'ils purent trouver parmi les anfractuosités suffisaient à peine à humecter leurs lèvres.

Ils s'arrêtèrent quelquefois pour se reposer mais pas trop longtemps. Ils utilisaient des pierres-flambeaux afin de faire du feu. Krysos compta ainsi deux jours et deux nuits depuis leur départ de TigrEye. Jamais il ne s'était sentit si démuni, si confronté à l'inconnu, et de plus, il avait peur pour son frère. Beryl était craintif par nature, et peu débrouillard, un peu comme un enfant, et si Krysos n'était pas là pour s'occuper de lui, il serait quasiment incapable de faire quoi que ce soit tout seul. Il le regarda pendant qu'il dormait, tourné sur le côté, ses poings légèrement crispés, ses lèvres entrouvertes laissant passer son souffle, la tête se balançant doucement, comme pour bercer son angoisse...

Il l'aimait tant...

Si seulement il pouvait être normal ... A son âge, son Don aurait déjà dû se manifester. Lui avait obtenu le sien à l'âge de douze ans, comme la plupart des gens, mais Beryl, lui, ne suivait pas le mouvement. C'était comme... bloqué à l'intérieur de lui, tout comme sa voix. Beryl n'était pas dans l'incapacité physique de parler, seulement... il ne parlait pas, voilà tout. Son frère arrivait toujours à comprendre ce qu'il voulait dire, en lisant ses expressions et aussi ses pensées bien sûr. Peu de gens y parvenaient.

Il était décidé à s'occuper de Beryl tout le temps qu'il faudrait. Et si cela ne changeait jamais ? S'il restait comme ça toute sa vie ? S'il était condamné à ne jamais devenir un adulte ?...

Krysos vint secouer son jumeau, doucement, pour le sortir du sommeil.

« Beryl, nous avons assez dormi. Nous devons repartir. »

Et ils se remirent en route, avec aussi peu d'entrain qu'auparavant, mais avec l'espoir que le bout du chemin était peut-être derrière la prochaine montagne.

Au détour d'un rocher, une puanteur infecte les assaillit. Krysos contourna l'obstacle avec précaution et se figea de surprise devant le spectacle qu'il découvrit : un drakone gisait sur le sol, les ailes écartées, déchirées sur les roches coupantes, ses deux courtes pattes avant ramenées sous lui. Son énorme tête écailleuse, encadrée de membranes marquées de runes, reposait sur le côté, la langue pendante ; des caillots de sang séché adhéraient encore à son mufle écorché et ses paupières mi closes laissaient entrevoir ses iris de feu. Sa longue queue, aussi forte et redoutable qu'une massue, se tordait dans un angle non-naturel. La gemme géante qui ceignait sa poitrine, et que tous les drakones portaient, avait éclaté en morceaux. De nombreuses écailles brisées parsemaient le sol autour du monstre.

Il semblait mort mais Krysos ne put s'empêcher de tenir fermement la main de Beryl, par crainte de voir le drakone bouger et se jeter sur eux. En s'approchant avec prudence, il distingua sur le cadavre de multiples blessures ; quelques pennes de flèches dépassaient de son cuir. L'animal avait eu affaire à forte partie. Les frères n'avaient jamais eu l'occasion de contempler une de ces bêtes d'aussi près, et, malgré la férocité que révélait son apparence, elle restait empreinte d'une certaine noblesse, même dans la mort.

En inspectant un peu les alentours, Krysos découvrit également cinq corps, ceux de soldats en armure dorée... La petite armée qu'ils tentaient de pourchasser avait fait une mauvaise rencontre et livré bataille au drakone, sans doute surgi des airs pour fondre sur eux. Ici, le charme protecteur de TigrEye ne faisait plus effet. Krysos ne savait pas s'il devait s'attrister du sort de ces hommes ou bien s'en réjouir.

Mais un autre dilemme s'imposa à lui : devait-il abandonner ces cadavres exposés ainsi au soleil et pourrir sans trouver le repos dans la terre, ou bien prendre le temps de les ensevelir ? Krysos, comme tout ceux qui vivaient à TigrEye, vouait aux défunts un profond respect, et l'idée de les laisser dans cet état, même après ce qu'ils avaient fait aux siens, le répugnait grandement. Ces hommes n'avaient pas eu la moindre pitié en massacrant des innocents auxquels ils n'avaient pas offert de sépultures... Méritaient-ils qu'on se souciât d'eux ? Un peu à contrecoeur, Krysos se détourna : il ne pouvait pas gaspiller du temps, et surtout ses forces, dans une telle tâche. Ces soldats avaient rencontré leur destin, précipitant la fin de leurs victimes et rencontrant finalement la mort à leur tour.

Krysos ne parvint pas à déterminer si le décès du drakone remontait à quelques heures ou à plusieurs jours ; il espéra que la troupe ennemie, peut-être un peu diminuée, ne se trouvait pas trop loin. Il ne voulait pas perdre leur trace, même s'il ne savait pas encore ce qu'il ferait s'il les rattrapait. Il retourna auprès de Beryl ; celui-ci essayait d'atteindre du bout de la lame d'une épée abandonnée la gemme pectorale de l'animal mort. Mais l'arme se révéla trop lourde pour lui et il la laissa finalement tomber. Les jumeaux mirent ce macabre décor derrière eux.

Ils finirent par prendre beaucoup d'altitude. De là où ils étaient, ils pouvaient même apercevoir TigrEye, du moins ce qu'il en restait, un point fumant au fond d'une large dépression naturelle. Les hauts volcans gris aux pentes rocailleuses qui les environnaient ne s'étaient éveillés qu'une fois de leur vivant, mais pour une raison inconnue, Krysos craignait qu'ils ne crachent de nouveau leurs flammes ; cette fois, le village n'y survivrait pas.

C'est alors qu'une ombre immense accompagnée d'un grand bruissement apparut au-dessus d'eux. Les deux frères se jetèrent à terre à l'instant où un colossal drakone, bien vivant celui-ci, passait sur eux, le cou allongé, les griffes dehors, les ailes déployées au maximum, sa gemme pectorale rougeoyant. Il avait surgi d'au-dessus de la crête, et fonçait maintenant vers la vallée. Il ne remarqua pas les deux jeunes gens à plat ventre ; son vol le porta bien loin, en bas, vers TigrEye, et il s'immoblisa dans les airs, dans l'attente de quelque chose.

Aussitôt, un nouveau drakone, encore plus grand que le premier, apparut au sud, et fondit également sur le village, suivit d'un congénère, et puis d'un autre. Jamais les deux frères n'avaient vu autant de drakones à la fois. Les énormes bêtes semblèrent s'engager dans un conciliabule, fait de grognements et de couinements. Puis, comme sur un ordre, ils se jetèrent sur ce qui restait de la cité. Tout ce qui n'avait pas brûlé succomba sous les feux démoniaques de ces monstres, qui balayaient de leurs queues massives les derniers restes de civilisation de ce coin de vallée. De leurs crocs, ils dévorèrent les corps abandonnés là, comme de vulgaires proies, trop contents de ne pas se donner de peine...

Les deux frères se trouvaient loin mais voyaient parfaitement ce qui se passait, autant avec leurs yeux qu'avec leurs coeurs meurtris. Ils se prirent les mains et murmurèrent une prière silencieuse pour le repos des âmes des défunts, si cruellement profanés. De la fumée s'éleva de nouveau de la ville dévastée, et de temps en temps, un hurlement de drakone se faisait entendre. Krysos se mit à regretter le peu de pitié qu'il avait éprouvé pour l'un d'entre eux, peu de temps auparavant...

Jamais ces animaux ne s'étaient approchés de TigrEye, quelque chose avait dû les appeler. Ou peut-être était-ce le pouvoir des prêtres qui avait protégé l'endroit jusqu'à maintenant, ou celui du temple, à présent détruit... Krysos se désolait de ne pas avoir posé plus de questions à ce sujet à Ferypenda... Comme en réponse à l'attaque des drakones, un petit volcan lointain cracha de la fumée dans le ciel clair ; un autre, plus éloigné mais bien plus grand, se réveilla à son tour de sa léthargie. Comprenant ce qui allait se passer mais ne voulant pas y assister, Krysos se détourna et entraîna Beryl dans la dernière partie du voyage.

La pente s'élevait toujours plus haute et plus raide, et bientôt, ils durent même ramper afin d'avancer plus efficacement. Cette nuit-là, ils dormirent sous un gros rocher en surplomb, Beryl la tête sur les genoux de son frère. Celui-ci, tellement fatigué par l'effort de la journée, connu un sommeil absolu cette fois.

Le lendemain, ils se mirent en quête d'un peu d'eau. L'air était bien plus vif et plus pur aussi. Un ruisselet courait depuis le nord jusqu'à eux. Ils burent jusqu'à éclater ce flot délicieux, dans lequel il n'y avait aucune trace de cendre. Prenant leur courage à deux mains, ils entamèrent ce qu'ils espéraient être la dernière montée. Ils avaient repris des forces et ils trouvèrent quelques racines comestibles sur leur route, qu'ils firent cuire en guise de petit déjeuner. Le village était loin à présent et même Beryl semblait avoir retrouvé un certain entrain. Krysos tendit la main à son frère afin de l'aider à passer un rocher coupant, et ils se retrouvèrent alors tout à coup sur un terrain plat, derrière les montagnes qu'ils apercevaient autrefois de chez eux. Et ce qu'ils contemplèrent se révéla au-delà de tout ce qu'ils avaient pu imaginer...

Alors qu'ils n'avaient jamais vu que de la végétation rare et clairsemée, à leurs pieds s'étendaient des arbres. Une mer d'arbres. Ils connaissaient la mer, mais jamais ils n'en avait vue une de la sorte, constituée de fûts tellement serrés qu'on ne pouvait discerner le sol. Si vaste qu'elle se perdait dans les brumes lointaines du nord. Un vol d'oiseaux passa au-dessus de leur tête et se posa quelque part dans cette verdure. C'était ce que Ferypenda avait nommé la forêt de Fayalyth. Leurs nez captaient des odeurs qu'ils ne reconnaissaient pas, et leurs oreilles se tendaient au doux bruit de chutes d'eau.

Leur calvaire était terminé. Ils avaient trouvé un endroit où la vie régnait en maître. Une vie inconnue pour eux, à découvrir, mais qui les appelait à venir partager ce miracle.

A la vue de tant de beauté, les deux frères manquèrent défaillir. Ils se prirent dans les bras l'un de l'autre et restèrent là, pendant un moment, trop émus pour dire ou faire quoi que ce soit d'autre.



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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Dim 5 Aoû 2018 - 10:56

Qui est cette mystérieuse femme/guerrière et pourquoi avoir massacré un peuple pour une gemme interogation  les deux frères n'ont pas eu d'autre choix que de fuir leur village. ça craint vraiment  Ils arrivent en terre inconnue. Vont-ils retrouver les assaillants ?


Le silence est parfois plus éloquent que les mots

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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Dim 5 Aoû 2018 - 11:08

Et bien, c'est toute l'histoire, ça. En tout cas jusqu'à environ la moitié^^



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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Dim 5 Aoû 2018 - 11:21

(Première Partie)




"La femme ne fut jamais pour moi que des paysages, que la rappeleuse d'heures, de pays et de paysages..."






Ils restèrent quelques temps au bord d'une rivière tranquille, dans laquelle nageaient des poissons multicolores. Jouer dans une onde aussi pure était quelque chose de nouveau pour eux ; ils se baignaient et se séchaient longuement, dormaient dans l'herbe touffue, parmi les fougères et les touffes de ciguës, et les ombelles curieuses se penchaient sur eux. Les trilles des oiseaux ravissaient leurs sens, et les rayons du soleil, filtrés par les branches des arbres, leur faisaient penser à des yeux géants qui les regardaient du ciel en clignant des paupières.

Mais rien n'était plus beau pour eux que les couleurs dont se parait la forêt la nuit tombée, toute de bleu, violet et blanc, caressée par les pâles rais de la Lune ; tout se transformait alors en un paysage mystérieux et onirique, où le chant des rossignols et le cri des chouettes en chasse se mêlaient par intermittence. Les jumeaux prêtaient alors l'oreille, les yeux fermés, et il leur semblait dans ces moments-là entendre la voix de Ferypenda qui les appelait tristement…


Alors qu'ils se reposaient après un copieux repas de poissons et de baies, un grognement sourd mais lointain se fit entendre derrière eux. Beryl se redressa en sursaut, et Krysos posa la main sur le pommeau de son épée. Les jumeaux prirent alors conscience que des créatures peu recommandables pouvaient se tapir dans cette forêt. Ils avaient d'ailleurs assez traîné en chemin. Krysos se rappela les soldats ennemis, toujours en marche...


Les jumeaux s'approvisionnèrent en baies et en fruits, laissant l'eau derrière eux, persuadés de trouver des sources sur leur chemin. Ils firent leurs adieux à la petite rivière calme, et partirent vers l'ouest. Krysos avait étudié l'itinéraire alors qu'ils se trouvaient encore sur la dernière crête des Pics Volcaniques : en suivant cette direction , ils finiraient par atteindre le rivage et en le longeant, ils arriveraient bien quelque part. Humant l'air, une odeur salée leur indiqua la proximité de l'océan.


Le puissant roulement des flots retentissait sur la vaste plage qui s'étirait vers le nord. L'océan était ici plus tumultueux qu'à TigrEye, et d'une couleur différente, du bleu du ciel et du vert des feuilles. Les vagues se pressaient sur le rivage désert, léchant les pieds des deux jeunes hommes. Cette immensité bleu-vert au souffle renversant les subjugua un temps ; ils jouèrent dans les vagues avec insouciance, s'émerveillèrent de la force de l'eau qui les repoussait sans cesse sur la plage, délassait leurs muscles et baignait les blessures de leur âme. Krysos nagea même assez loin vers l'ouest : aucune autre terre n'apparaissait à l'horizon. Il aperçut cependant les ailerons dorsaux de quelques créatures marines, et se dépêcha de revenir en arrière rejoindre Beryl.


Ils décidèrent de prendre par le nord et de suivre la côte. Ils marchèrent ainsi, entre forêt et mer, avec l'impression de se trouver à la lisière de deux univers différents, pas coupés l'un de l'autre comme l'avait été leur village et le reste du monde, mais qui se côtoyaient en harmonie ; les rouleaux d'eau salée venaient parfois recouvrir les racines des arbres et transformaient la plage en mangrove. Les arbres y étaient plus tortueux, leurs racines noueuses, et ils eurent fort à faire pour traverser cette zone. à un moment, Beryl se jeta sur son frère en tremblant, et prétendit qu'un arbre avait tenté de l'agripper. Krysos fronça les sourcils avec indulgence et lui conseilla de ne pas laisser vagabonder son imagination.


Ils mangeaient du poisson et buvaient de l'eau aux quelques sources qu'ils trouvaient. Krysos confectionna un harpon rudimentaire et apprit à bien se débrouiller avec. Mais le rugissement tonitruant de la mer rendait le sommeil difficile. Aussi lorsque la forêt se dispersa sur leur droite, faisant place à des terres herbeuses, les deux frères décidèrent de les traverser ; ils apercevaient des champs, et même des clôtures, signes d'une vie humaine dans les parages.


Ils distinguèrent sur leur route une curieuse proéminence rocheuse, qui émergeait du sol herbeux, entre deux bras de rivière. Il s'agissait en fait de l'entrée d'une caverne à moitié souterraine, dans laquelle ils se reposèrent un temps. Elle semblait vaste et se divisait en de nombreux tunnels après seulement quelques pas. Sur ses parois, on pouvait lire comme des signes gravés, ou des peintures anciennes. Des gemmes incrustées dans la roche scintillaient vaguement dans la pénombre. Ces symboles leur parurent familiers, mais ils restaient cependant incompréhensibles pour eux. Malgré leur curiosité, ils ne voulurent pas se risquer dans ces profondeurs inconnues et reprirent leur route.


Des fleurs sauvages poussaient dans des champs à peine cultivés, et Beryl courut de-ci de-là pour en cueillir de pleines brassées. Le jaune, le rouge et le blanc se mêlaient au vert des vastes pâturages, dans lesquels quelques bêtes apprivoisées, qu'ils n'avaient encore jamais vues, paissaient tranquillement. Un troupeau de quadrupèdes à la crinière volant au vent passa près d'eux, et Beryl, timide, leur tendit son bouquet de fleurs qu'ils broutèrent avidement. Krysos eut un rire silencieux et Beryl piqua alors une fleur rouge dans les cheveux de son frère ; celui-ci éclata franchement de rire cette fois.




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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Dim 5 Aoû 2018 - 20:39

Les deux frères sont-ils arrivés dans un lieu où ils trouveront enfin un asile? interogation  Y seront-ils en sécurité? Ou bien vont-ils continuer à poursuivre les assaillants? svp


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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Dim 5 Aoû 2018 - 20:48

Cela ne représente qu'une minuscule partie de leur périple, il y a 23 chapitres XD



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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Dim 5 Aoû 2018 - 21:05

rire démoniaque rire démoniaque rire démoniaque rire démoniaque Ah oui.... Effectivement bien des péripéties en perspective alors... clin d\'oeil


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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Dim 5 Aoû 2018 - 22:22

(Seconde Partie)





Au loin, de la fumée s'élevait dans le ciel bleu. Triste présage ou signe de civilisation ? A tout prendre, les jumeaux se dirigèrent dans cette direction. Aucun bruit de bataille ou d'odeur de mort ne planait dans les environs. Des cheminées et des tours se découpèrent sur le ciel, et ils surent alors qu'ils arrivaient dans une ville d‘une certaine importance, ceinte de basses fortifications. Au premier coup d'œil, elle ne sembla pas très différente de TigrEye, hormis sa taille. Ici, ils trouveraient sans doute des informations sur ce qu'ils cherchaient.

A l'entrée, des hommes en armure légère les regardèrent passer non sans quelque intérêt. Ils ne leur posèrent pas de question sur la raison de leur venue. Cette ville sembla accueillante aux jumeaux, avec ses pavés et ses toits rose foncé. Les maisons, à un ou deux étages, étaient toutes constituées d'une pierre blanche rustique, et des fleurs pendaient des fenêtres à petits carreaux. Cette architecture inconnue leur plut beaucoup. Elle respirait la joie de vivre et la prospérité.


Et pourtant, de temps en temps, les frères croisaient dans une rue ou une autre des soldats en livrée très semblable à celle remarquée sur les hommes qui avaient dévasté TigrEye. Jugeant toutefois plus opportun de garder un profil bas, ils ne s'en firent pas la remarque.


Une grande place, entourée de maisons, bourrée d'activité, avec au centre une statue représentant un homme couronné, s'offrit alors à leurs regards : des femmes criaient joyeusement pour attirer les chalands vers leurs étals, des hommes faisaient cuire du pain dans des fours, l'odeur de broches parées de volailles en train de rôtir leur chatouillaient les narines. Des enfants couraient joyeusement autour des deux nouveaux-venus, jouaient à se poursuivre ou se roulaient sur le sol en feignant une bagarre. Des calèches élégantes, des charrettes remplies de marchandises en tout genre, des roulottes de diseuses de bonne aventure et des boutiques de toutes tailles jalonnaient la route. C'était sans conteste une cité importante.


Les jumeaux n'avaient jamais évolué au milieu d'un tel mouvement, d'une telle agitation. Aussi ouvraient-ils grand leurs yeux écarlates afin de ne rien manquer de ce spectacle nouveau. Tout paraissait si étrange, et pourtant si familier, comme si les gestes et actes du quotidien prenaient ici une couleur différente de celle que TigrEye. Tout était plus rapide et plus bruyant.


Beryl voulut se saisir d'une pomme qui trônait avec d'autres sur l'étal d'une bonne grosse femme, mais celle-ci se mit à l'invectiver avec force :


« Eh, jeune homme ! Ce n'est pas gratuit ! »


Beryl eut peur et reposa la pomme, ne sachant quoi faire. Son frère vint à son secours :


« Excusez-le. Que puis-je faire pour vous en échange de cette pomme ?

— Me payer, pardi !
— Comment puis-je vous... payer ? »

Krysos n'avait jamais entendu ce mot auparavant dans un tel contexte.


« Avec de l'argent ! Mais d'où vous sortez, vous deux ?! Allez, du balai ! »


Les deux frères s'éloignèrent, le dos rond, comprenant qu'ils n'avaient pas fini de faire le tour des choses qui leur étaient inconnues. Ils se reposèrent sur un banc et regardèrent attentivement les gens autour d'eux : ceux-ci échangeaient les denrées des étals contre des espèces de morceaux de métal. Krysos comprit que c'était ce que la femme avait appelé argent. Visiblement, on ne pouvait rien obtenir ici sans ce sésame. A TigrEye, les habitants s'échangeaient des choses contre d'autres, mais à quoi pouvaient bien servir ces objets en métal ? Cela ne se mangeait pas…


Il s'avança de nouveau vers la femme à l'étal de pommes :


« Excusez-moi, mais où peut-on trouver de l'argent ?

— Va donc à la taverne, petit. Tu m'as l'air assez costaud », apprécia la bonne femme. Elle le détailla brièvement, en s'arrêtant plus longuement sur sa longue chevelure blanche. « Tu trouveras bien quelqu'un qui a besoin d'un coup de main.
— Je dois aider quelqu'un et on me donnera de l'argent, c'est ça ? demanda naïvement le jeune homme. C'est une récompense ? »

Cette fois, la notion lui était familière.


« Si on veut. J'ai du travail, moi, alors ouste ! »


Les jumeaux comprirent qu'une taverne était un lieu de réunion pour les habitants de la ville, il y en avait eu un à TigrEye, mais celui dans lequel ils entrèrent était bien plus grand et plus bruyant : des serveuses se faufilaient dans la salle avec des plateaux chargés, des hommes visiblement avinés criaient des choses que les jumeaux ne comprenaient pas toujours, des bruit de chopes qu'on vidait ou qu'on posait sur la table recouvraient le tout ; bref, un vrai capharnaüm. Les gens d'ici n'étaient pas très différents des habitants de TigrEye, tout au plus paraissaient-ils plus… affairés, plus pressés. L'alcool coulait à flot, et les jumeaux n'en avaient pas l'habitude, cette boisson étant restreinte à TigrEye. Toute cette agitation les mettait mal à l'aise, mais l'aîné se dirigea malgré tout résolument vers le comptoir :


« On m'a dit que je pouvais gagner de l'argent ici ! cria-t-il au gérant pour couvrir le bruit ambiant.


Celui-ci, les mains occupées à essuyer une assiette, le regarda avec une expression indifférente.


« J'ai besoin de personne. Pourquoi tu demanderais pas aux clients s'ils ont besoin de quelqu'un, mon garçon ? »


Krysos fit le tour de la salle des yeux, et nota dans un coin la présence de deux gardes en armure, qui semblaient en grande conversation avec deux jeunes femmes ; manifestement, cela se passait mal, car l'une des deux femmes, coiffée d'une imposante queue de cheval, leur tendait son poing devant le nez. L'un des deux hommes la saisit alors par le poignet et voulut l'emmener, mais l'autre jeune femme, une rousse portant un chapeau à plumes, sortit une dague de sa botte et en menaça le garde. En une seconde, l'ambiance de la salle changea : des hommes crièrent joyeusement en encourageant les protagonistes, mais les femmes sortirent avec de grands cris. Les serveuses allèrent se cacher sous les tables et le gérant, sortant de derrière son comptoir, leva les mains en geignant :


« S'il vous plaît, pas de bagarre dans mon établissement ! »


Mais les protagonistes semblaient prêts à en découdre. Présumant que les femmes étaient en difficulté, Krysos sortit son épée de son fourreau et la brandit en sautant par-dessus les tables afin de se retrouver aux côtés de la rousse.


« On dirait que vous avez besoin d'aide ! Si je vous tire de là, vous me donnerez de l'argent ? »

— Je n'ai pas besoin d'aide, merci ! rétorqua la rouquine, en le regardant avec mépris.
— Je crois bien que si ! »

Et la lame de l'épée s'enflamma, comme un faisceau de paille, presque jusqu'à la garde. La rousse fit un pas de côté, impressionnée malgré elle, et enfin, elle regarda vraiment l'homme au teint pâle et aux cheveux blancs qui, sans raison apparente, s'était présenté pour la sauver.


« Monsieur ! hurla-t-il à l'autre bout de la salle à l'adresse du barman. Je vous confie mon frère, qu'il ne lui arrive rien ! »


Et, aussitôt, il se mit à imprimer à son épée de grands moulinets, plus pour intimider que pour se battre, en arborant un large sourire devant les deux jeunes gardes médusés. Ils n'avaient pas du tout prévu de s'en prendre à un tel adversaire. Eux qui n'avaient jamais eu affaire qu'à des saoûlards ou des voleurs à l'étalage se rendaient compte que celui-ci leur poserait sans doute plus de problèmes. Les yeux rouges de Krysos, associées au feu crépitant, lui donnaient un air démoniaque. Celui qui avait maintenu le poignet de la femme à la queue de cheval le lâcha subitement et prit lui-même sa vieille épée ébréchée, mais la vue des flammes ardentes qui jaillissaient de la lame du jeune guerrier le fit reculer. Ils tentèrent bien quelques passes, mais, découragés devant l'air redoutable de leur adversaire et de son arme mystérieuse, ils battirent lâchement en retraite. La jeune femme qui accompagnait la rousse avait mystérieusement disparu sans laisser de trace.


« Et bien, s'étonna Krysos en passant sa lame dans sa ceinture, cela a été rapide. Je me serait attendu à plus de résistance. »


La lâcheté des deux hommes, qui n'avaient pas hésité à s'en prendre à deux jeunes femmes mais qui fuyaient devant un homme seul, l'amusait, mais il était aussi soulagé que les choses ne soient pas allées plus loin.


Tout le monde se calma et reprit plus ou moins ses esprits. Le gérant courut vers Krysos et lui secoua la main avec vigueur, le remerciant de son aide. Le jeune homme le regarda avec fierté :


« J‘ai chassé ces importuns de votre établissement, ça mérite bien une récompense ?

— Certes ! Vous l'avez bien mérité ! Chasser ainsi ces affreux gardes de chez moi ! C'était héroïque ! »

Il se précipita derrière son comptoir et fouilla dans une boîte, d'où il sortit quelques pièces de monnaie.


« Je ne peux pas vous donner beaucoup plus mais vous avez toute ma gratitude ! »


Beryl se précipita sur lui, et, comme un enfant, il se mit à tambouriner doucement sur le torse de son frère, l'air mécontent.


« Je sais, Beryl, le calma Krysos en écartant ses poings serrés, tu n'aimes pas quand je me bats, mais je n'allais tout mais je n'allais tout de même pas les laisser s'en prendre à ces femmes sans défense…

— Que tu crois, jeune loup ! Qui est sans défense ici ?! »

Les jumeaux se retournèrent et tombèrent nez à nez avec la jeune femme rousse, les poings sur les hanches, l'air hautain. Elle tapait du bout du pied sur le sol, comme si elle attendait une explication.


« Je sais me battre, figure-toi, seulement… ils m'ont prise par surprise, c'est tout, continua la jeune femme. Ces deux-là je les connais, ce sont des couards.

— Il est vrai qu'ils n'ont pas fait preuve de bravoure, admit Krysos, mais cela aurait pu mal tourner. Et votre amie, qu'est-elle devenue ?
— Ne t'en fait pas pour elle, elle sait se débrouiller », répondit la rouquine, un sourire en coin.

Krysos détailla la jeune femme des yeux : hormis sa chevelure rousse qu'on voyait du premier coup d'œil, elle portait un chapeau à plumes, des bottes de marche qui avaient visiblement bien servi, et une cape noire doublée orange à l'intérieur, retenue à l'épaule par une fibule représentant un instrument à cordes. A sa hanche pendaient une flûte et un petit sac de voyage. Elle avait une voix autoritaire qui contrastait avec son apparence frêle. Ses sourcils étaient froncés, mais on ne lisait pas de colère dans ses yeux ambrés, seulement un léger amusement. Krysos en fut un peu vexé…


Elle reprit la parole en montrant la porte du doigt :


« Et si nous partions d'ici avant que les autres ne décident de revenir en force ?

— Bonne idée », approuva Krysos, et prenant son frère par la main, ils sortirent en vitesse.

Juste à temps : une autre escouade de gardes entrait dans la taverne au moment où ils se glissaient tous trois dans une ruelle sombre.



"Les Ackerman ne pleurent jamais quand ils naissent,
ni quand ils meurent.
Mais entre ces deux extrémités,
leur vie est un chemin de larmes" 


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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Lun 6 Aoû 2018 - 18:33

Difficile pour les jumeaux d'apprendre un mode de vie dont ils ignorent tout. Leur courage ne les protège pas de tout et ils ont tout à découvrir encore. Cette ville sera-t-elle une étape positive de leur quête? interogation


Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux, ils en diraient bien davantage (S. Guitry)
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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Lun 6 Aoû 2018 - 18:59

Tu me fais la voix off des séries de mon enfance ? XD



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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Lun 6 Aoû 2018 - 19:09

rire démoniaque rire démoniaque rire démoniaque rire démoniaque Exactement.... Suis pas la reine des commentaires moi. Faut voir avec Dame Catouchka pour ça. clin d\'oeil  Et comme je ne suis pas genre "super" "génialissime" "fantastique" et autres, et surtout pas à faire des compliments dithyrambiques, ben... je fais la voix off! (Te plains pas, ça pourrait être genre Reine du shopping, chasseur d'appart ou autre...) sadique Ma chériiiiiiiiiie, ce chapitre manque de modernité, il faudrait ajouter un peu de peps mais ça reste tout à fait dans le thème... deviens fou


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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Lun 6 Aoû 2018 - 19:28

C'est ma-gni-FAYQUE !!!



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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Mar 7 Aoû 2018 - 18:54

Je vois qu'on connaît l'une et l'autre notre petit Cordula illustré clin d\'oeil
Pas de suite ce soir? Que je reprenne mon job de voix off?  rire démoniaque rire démoniaque  Faut pas perdre la main.... sucette au caramel


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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Mar 7 Aoû 2018 - 18:57

Je poste aussi un peu ma fanfiction^^



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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Mar 7 Aoû 2018 - 19:41

OK.... Tu as raison. Tant que tu ne postes pas cinq chapitres d'un coup pour rattraper... rire démoniaque rire démoniaque rire démoniaque  (ben oui, la lecture sur écran est un peu compliquée pour moi, donc lire longtemps c'est pas top... clin d\'oeil )


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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Mar 7 Aoû 2018 - 19:42

Je n'aime pas lire sur écran non plus, c'est pour ça que je scinde mes chapitres, c'est plus digeste XD



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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Mer 8 Aoû 2018 - 11:17

(Troisième Partie)






La jeune femme observa à son tour attentivement les jumeaux. Elle sembla particulièrement intriguée par leur aspect physique. Krysos en déduisit qu’elle n’avait sans doute jamais croisé quelqu’un comme eux.

― D’où venez-vous tous les deux ? Vous n’êtes pas d’ici, ça se voit…, demanda-t-elle, curieuse.

— Je suis Krysos, et voici Beryl, répondit le guerrier en plaçant son frère devant lui. Nous sommes les seuls survivants de notre village, TigrEye, qui a été…

— Vous êtes de TigrEye !? s’écria la rouquine. Vous avez traversé les montagnes jusqu’ici ? Je pensais que c’était impossible pourtant.

— Nos assaillants l’ont fait aussi. Ils ont… tué tout le monde, et ils sont repartis. À leur tête, il y avait une femme en armure dorée…

La rousse sembla prendre le temps de réfléchir.

― Ça me rappelle quelque chose… Ils sont passés non loin d’ici récemment, sans s’arrêter. Nous les avons tous remarqués…

— Dans quelle direction allaient-ils ? Je dois le savoir !

— Du calme, mon tout beau, parle-moi de TigrEye. Je veux en savoir plus sur les drakones…

— Je vous raconterai tout ce que vous voulez si vous me dites où ils se sont rendus !

— Cesse de me vouvoyer, je ne suis pas assez vieille pour ça. Et je m’appelle Amber.

Elle posa ses poings sur ses hanches, une position qu’elle semblait adopter souvent.

― Vous venez de TigrEye, alors. Le monde doit vous paraître bien grand. Vous avez de la chance d’être arrivés jusqu’ici vivants. Avec tous ces aya qui rôdent en ce moment…

— Qu’est-ce qu’un aya ? interrogea Krysos.

— Une méchante grosse bête possédée par la magie, répondit Amber en faisant des gestes menaçants avec ses doigts. — Elle se moquait ouvertement de son ignorance. ― Ils étaient plutôt discrets par le passé, mais ils semblent beaucoup se manifester ces temps-ci… Dans la forêt de Fayal, il y en a un vraiment démoniaque, paraît-il…

Elle contourna Krysos et regarda Beryl, qui s’était caché derrière son jumeau. Elle ressentit un certain malaise à supporter le regard sans pupille du jeune muet.

― Il ne cause pas beaucoup, ton frère… Vous êtes toujours collés ensemble ?

— Beryl est muet. Et il n’a pas encore de Don, c’est pour ça que je dois veiller sur lui.

— À son âge ? Voilà bien quelque chose de curieux dont je n’avais jamais entendu parler. C’est pas très… normal…

Krysos s’interposa entre Amber et son frère et la repoussa méchamment.

― Il est normal ! Alors, arrête de le regarder comme si c’était un monstre !

— Ça va, ça va, je ne lui veux pas de mal, à ton petit bout de chou !

Elle s’approcha de Krysos et toucha le pommeau de l’épée de feu. Le jeune homme eut un geste de recul.

― Elle est formidable, cette lame. Je n’en ai jamais vue de la sorte, apprécia-t-elle en sifflant. Est-ce une nouvelle technologie ?

— Une nouvelle… de quoi parles-tu ?

Krysos ne comprenait pas où elle voulait en venir.

― Un de ces engins que l’Empire met en ce moment sur le marché.

— Je ne sais pas ce qu’est l’Empire, et cette épée m’a été donnée par ma tutrice quand j’ai eu onze ans, expliqua Krysos en laissant Amber examiner son arme. Mais elle est assez lourde et j’ai dû attendre quelques années avant de… Attention ! Ne la touche pas, tu pourrais te brûler !

Elle avait une longue poignée en acier, sertie d’un rubis sur l’une de ses faces ; sa lame était droite, mais près de la pointe, elle se recourbait légèrement vers le haut. Son fil était acéré et de la couleur du bronze.

― Qu’est-ce qu’un gamin comme toi peut bien faire avec une arme comme celle-là ? soupira-t-elle, plus pour elle-même que pour son interlocuteur.

Amber s’adossa au mur derrière elle, les bras croisés, jaugeant les deux hommes du regard. Krysos adopta un air renfrogné ; il avait parfaitement entendu Amber le traiter de gamin…

― Écoute, commença la jeune femme, je veux bien te dire où sont partis les soldats à condition que tu me racontes des choses sur ton village. Cela m’intéresse.

— Et pourquoi tant de curiosité ?

Elle tapota la flûte qui pendait à sa hanche.

― Je suis barde, tu vois. Je recueille des histoires ici et là, et je les narre à d’autres. Écouter, c’est ma spécialité.

— Tu parles aussi beaucoup…

— Ça va ! rétorqua-t-elle avec exaspération. Alors, c’est d’accord ? Tu me révèles tout ce que je veux savoir et je t’indiquerai en échange où ils sont allés.

— Ce serait trop long, nous n’avons pas le temps, si nous devons les rattraper… Au fait, comment s’appelle cet endroit ? demanda Krysos.

— Tu te trouves à Krysopras, la ville la plus au sud de Zyrconia… Enfin, maintenant que TigrEye n’est plus…

Les jumeaux baissèrent les yeux devant cette évidence.

― Qui étaient ces hommes en armure ? souffla Krysos tout bas. Elles ressemblaient à celle des soldats qui ont… attaqué notre village… Les gens d’ici n’ont pas l’air de beaucoup les apprécier.

— Ils font partie de l’armée de l’Empire, de sacrés froussards quand ils sont seuls, lui répondit Amber sur un ton semblable. Ils ont tendance à se croire chez eux partout et ils abusent de leur pouvoir. Un jour, Krysopras éclatera…

— Pourquoi s’en prenaient-ils à toi et à ton amie ?

— Disons que nous n’avions pas le même point de vue sur le rôle des forces de l’ordre. Cela les a un peu énervés… — Amber se rapprocha de Krysos qui se pencha vers elle pour écouter ses confidences. ― Il y a pas mal de mouvements de troupes en ce moment, dans le pays. On dirait que l’Empire prépare quelque chose, du moins est-ce que les marchands ambulants racontent, ajouta Amber. Sans compter les aya. Voyager seulement tous les deux pourrait être dangereux. La région n’est pas sûre pour des nouveaux venus comme vous.

— Tu sembles bien connaître la contrée…, remarqua Krysos.

— Je parcours ce monde depuis mon enfance. Par conséquent, j’en sais plus que bien des gens.

Krysos se gratta la tête, une idée lui venant soudain à l’esprit.

― Mon frère et moi ignorons ce qui nous attend au-delà de ce village. Nous aurions bien besoin d’un guide…

Amber adopta une expression malicieuse, preuve qu’elle avait déjà anticipé la demande du jeune homme.

― Et qu’est-ce qui pourrait bien me donner envie de voyager avec vous deux ? Tu as suffisamment d’argent pour payer mes services ?

— Je ne peux rien te promettre, mais en échange, je te dirai tout ce que tu veux sur TigrEye, comme tu me l’as demandé. Si nous faisons route ensemble, nous aurons le temps de parler. Il s’agit juste de retrouver la piste de ces soldats. Ensuite tu t’en iras… si tu le désires.

La jeune femme se caressa le menton, pesant le pour et le contre.

― J’avais l’intention de quitter les lieux de toute façon, conclut-elle. Je peux bien faire un bout de chemin avec vous vers l’ouest.

— C’est d’accord dans ce cas ! s’enthousiasma Krysos, ravi d’avoir trouvé un peu d’aide dans ce monde inconnu.

Ils se serrèrent la main. Amber sortit de la ruelle et ses cheveux roux flamboyèrent au soleil, aveuglant momentanément Krysos.

― Les soldats fouillent toute cette zone. Il n’est pas bon de rester ici, l’informa Amber.

— Comment le sais-tu ?

— Je les ai entendus, là-bas, dans la taverne.

— Mais comment peux-tu…

— Je te l’ai dit : écouter, c’est ma spécialité. On y va ?

Et elle détala à toute vitesse. En revenant sur la place du marché, Krysos s’arrêta devant l’étal de pommes. Il en prit une, donna quelques piécettes à la marchande et offrit le fruit à Beryl, en souriant de toutes ses dents.



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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   Mer 8 Aoû 2018 - 18:16

Les deux frères ont désormais une alliée... Mais quel est cet "Empire" qui semble être responsable de la destruction de leur village? interogation


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MessageSujet: Re: Gemminy [G - un peu de PG13]   

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