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......
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 10 ans déjà

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Quelles créations préférez-vous
Pour l'éternité mon amour
10 ans déjà Vote_lcap5%10 ans déjà Vote_rcap
 5% [ 1 ]
Le bonheur tout simplement
10 ans déjà Vote_lcap5%10 ans déjà Vote_rcap
 5% [ 1 ]
Dix ans déjà
10 ans déjà Vote_lcap16%10 ans déjà Vote_rcap
 16% [ 3 ]
J'ai dix ans!
10 ans déjà Vote_lcap21%10 ans déjà Vote_rcap
 21% [ 4 ]
Place des pauvres hommes
10 ans déjà Vote_lcap11%10 ans déjà Vote_rcap
 11% [ 2 ]
Soirée de retrouvailles
10 ans déjà Vote_lcap11%10 ans déjà Vote_rcap
 11% [ 2 ]
Montage 1
10 ans déjà Vote_lcap21%10 ans déjà Vote_rcap
 21% [ 4 ]
10 ans déjà... une rupture douloureuse
10 ans déjà Vote_lcap0%10 ans déjà Vote_rcap
 0% [ 0 ]
Une longue vie éphémère
10 ans déjà Vote_lcap5%10 ans déjà Vote_rcap
 5% [ 1 ]
Le retour
10 ans déjà Vote_lcap5%10 ans déjà Vote_rcap
 5% [ 1 ]
Total des votes : 19
 

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Cissy
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MessageSujet: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeLun 10 Juin 2019 - 20:11

Voici venu le grand moment de dévoiler les créations composées pour l'anniversaire du forum.
Vous pouvez voter pour trois créations maximum, montage ou texte au choix.

Clôture des votes le 20 juin pour un résultat le 21. clin d\'oeil


10 ans déjà Signat1010 ans déjà Cissy_10
Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux, ils en diraient bien davantage (S. Guitry)
La bêtise est infiniment plus fascinante que l'intelligence. L'intelligence, elle, a des limites, tandis que la bêtise n'en a pas (C. Chabrol)


Dernière édition par Cissy le Mar 11 Juin 2019 - 21:13, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeLun 10 Juin 2019 - 20:14

« Pour l’éternité, mon amour »
 
Dès qu’il eut franchi les portes de l’aéroport le vent glacial s’insinua sous ses vêtements trop légers pour la saison. Il remonta le col de sa saharienne et réajusta la sangle de son sac sur son épaule. Il contenait que le strict nécessaire, il avait donné ses maigres  biens qu’il possédait  là-bas à ceux qui en avaient plus besoin que lui. Des années à s’occuper des plus démunis dans les bidonvilles de Calcutta lui avaient permis de se détacher du superflu.


Celui d’avant qui ne pouvait sortir sans être habillé à la dernière mode, les cheveux coiffés  selon le style du moment ne se retrouvait plus dans celui d’aujourd’hui. Ses boucles noires qui léchaient sa nuque n’avaient connu ses dernières années que les ciseaux d’Ajay son fidèle ami. Ses traits burinés par le soleil  étaient soulignés d’une barbe de trois jours qui accentuait son aspect baroudeur. Même l’éclat de ses yeux verts avait changé, il n’y avait plus cette petite étincelle qui illuminait son regard. Il avait maintenant le regard de ceux qui avaient vu le côté sombre de la vie.

Alors qu’il se dirigeait vers la zone des taxis il eut conscience d’un regard posé sur lui.  Un regard appréciateur.  Avant il aurait joué, franchissant allégrement la ligne de l’infidélité. Maintenant cela le laissait froid, indifférent. Il ne ressentait plus rien, plus rien depuis longtemps. Il monta dans le premier taxi et surpris le regard étonné du chauffeur quand il lui donna l’adresse de sa destination.

Il paya sa course et ses pas le dirigèrent vers le portail en fer forgé qui protégeait l’endroit.  Il s’ouvrit avec un grincement qui se répercuta sur les murs de l’enceinte. Malgré les années il n’avait pas oublié l’emplacement, à l’ombre d’un chêne centenaire. Une simple pierre tombale gravée de deux dates,  12 mai 1976-14 février 2009 et d’un nom, Roman Lobertain. Des fleurs artificielles étaient posées sur le marbre, au printemps des bouquets de fleurs fraîches les remplaceraient. Il avait laissé des consignes et l’argent nécessaire, à une entreprise spécialisée, avant son départ. D’autres instructions avaient été déposées dans son testament chez le notaire.


Il s’assit sur la surface froide  et passa un doigt sur les lettres dorées.  Ses yeux se remplirent de larmes et il se souvint.

Leur rencontre chez des amis communs le 1er janvier 2001,  son hésitation à se laisser séduire, sa réputation de séducteur le précédant. Il avait joué la carte du romantisme, à milles lieues de sa drague habituelle.  Il avait cru le prendre dans ses filets mais c’est lui qui s’était pris dans l’intensité de son regard bleu, dans son doux sourire. Ils avaient été heureux, profitant de leur aisance matérielle due à de bonnes situations pour parcourir le monde.
Puis après presque 7 ans de bonheur seulement entachés de quelques petits nuages sans importance, ses vieux  démons avaient refait surface.  D’abord un premier coup de canif dans le contrat, avoué et pardonné dans une étreinte désespérée. Il avait tenté  de résister aux tentations, ne voulant plus voir la tristesse dans ses yeux. Il s’était contenté de petits flirts, pour lui sans conséquence, mais qui tuait Roman à petits feux. Et puis il y avait eu ce jour fatidique où Romain l’avait quitté, définitivement.

C’était la St Valentin, ils avaient passé la journée au lit, à s’aimer, retrouvant un bonheur perdu. Ils avaient dîné dans le restaurant préféré de Roman et avaient décidé de finir la soirée en boîte de nuit. Ils avaient fait la fête et la dance donnait soif ; si son homme s’était contenté de cocktails sans alcool, lui avait consommé sans modération. Il était ivre quand il s’était rendu aux toilettes, ivre quand un homme était entré dans la pièce et l’avait collé contre le mur, ivre quand l’inconnu s’était agenouillé.


Soudainement lucide quand il avait entendu le cri que son amant avait poussé en le voyant, pantalon descendu sur les chevilles, lucide quand il s’était lancé à sa poursuite après s’être rhabillé à la hâte, lucide pour le voir sortir du club et sortir dans la rue. Lucide pour voir  une voiture arriver un peu trop vite, lucide pour  voir son amour s’écraser sur le pare-choc.

Il avait hurlé de douleur, comprenant qu’il avait perdu pour toujours l’amour de sa vie.  Sans Roman il n’était rien, il n’était qu’une coquille vide.  Il avait quitté son emploi et s’était engagé auprès d’une association humanitaire qui luttait contre la pauvreté dans le monde. Il avait choisi de partir en Inde,  un pays où ils avaient prévu de passer des vacances.  Pendant de longues années il avait essayé de soulager la misère, tenté d’oublier son chagrin. Il y avait fait de belles rencontres, dont Ajay qui de simple collègue était devenu son ami. Ajay qui avait été attristé de son départ mais qui avait compris.


La lumière du jour faiblissait, le temps était venu. Il sortit de son sac une petite bouteille étiquetée comme contenant du shampooing, mais  son contenu était tout autre. Le vieil homme a qui il avait acheté la potion lui avait garantie son efficacité. Il l’avala, l’amertume le fit grimacer. Il n’avait plus que quelques minutes devant lui. Il s’allongea sur la tombe et laissa parler son cœur.


« Roman, mon amour. Avant de partir loin de toi, il y a 10 déjà, je t’ai fait une promesse, celle de revenir pour être à tes côtés lors de mes derniers instants.
Je sais que je t’ai fait souffrir et que je ne mérite pas ton pardon. Je sais aussi que  tu n’aurais pas voulu que je fasse ce que je viens de faire. J’ai essayé mon amour, j’ai essayé de vivre sans toi mais c’était trop difficile. Tu sais pendant ces 10 ans je t’ai été fidèle, comme je regrette de ne pas l’avoir été  alors que tu étais près de moi. Nous aurions vieillis ensemble, avec un chien, un chat et peut-être des enfants.
Mon amour, je ne sais pas s’il y a quelque chose après la mort, si ton âme a survécu mais si il y a une infime chance que je te retrouve dans l’au-delà, alors je meurt heureux de te revoir.  Je t’aime Roman».


Une petite tâche blanche vint de déposer sur l’homme à jamais endormi, lentement la neige le recouvrit en un linceul immaculé.
 
FIN
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeLun 10 Juin 2019 - 20:16

Le bonheur, tout simplement

Le pépiement des  oiseaux le tira du sommeil, il se retourna et  regarda le corps endormi à ses côtés.  Les  volets à claire-voie laissaient passer les rayons du soleil  du matin, suffisamment pour éclairer le lit. Son amant dormait sur le dos, sa bouche entre ouverte laissait échapper un petit ronflement dont il se moquerait au matin. Ses cheveux noirs  contrastaient avec le blanc de l’oreiller. Ses tempes devenaient grisonnantes, une marque qui témoignait du temps passé. Il  était nu et la couette avait glissé, lui offrant la plus belle vision qui soit. Sa poitrine se soulevait doucement  au rythme de sa respiration.  Sa main se leva au-dessus du ventre plat,   il se retint de toucher cette peau dorée, tentatrice, il savait qu’elle glisserait inexorablement  plus bas.  Il aimait le réveiller de cette façon mais il avait besoin de repos.  Les derniers jours avaient été épuisants et son perfectionniste de mari  voulait que tout soit parfait.
 
Il sourit, aujourd’hui était un grand jour.

 Il se leva sans faire de bruit, ses pas le menèrent vers une porte au fond du couloir. Elle était entrebâillée et sous sa poussée elle s’ouvrit  avec un petit grincement.  Les volets n’étaient pas fermés et la lumière du  soleil  éclairait  la chambre.  Des posters de groupes de rock  tapissaient les murs et  des photos étaient punaisées sur le tableau en liège au-dessus du bureau où se trouvaient un ordinateur et des livres de cours.  Des vêtements trainaient sur le petit canapé sous la fenêtre et un énorme ours en peluche était posé contre l’armoire.
Ses yeux se posèrent sur le lit où une chevelure rousse dépassait de la forme enroulée dans la couette. Elle appartenait à leur fille, l’autre amour de sa vie.

Il se rappela  les  conversations avec son compagnon alors que leur relation devenait plus stable. Leur désir d’avoir quelque chose à eux, une maison à la campagne et un jour peut-être un enfant.
Ils en avaient longuement parlé, que voulaient-ils vraiment ?  Un enfant qui serait biologiquement le leur ou un enfant qui faisait ses premiers pas dans la vie sans l’amour de ses parents.  L ’adoption était devenue une évidence. L’âge leur importait peu et quand ils avaient vu, après des années d’attente, cette petite fille rousse de 5 ans, si maigre et dont les yeux verts étaient emplis d’espoir. Ils avaient su au fond de leur cœur, c’était elle, elle qui à l’âge de trois ans avait tout perdu. Il y avait eu des visites où ils s’étaient apprivoisé l’un l’autre et puis le Grand Jour était arrivé, elle était devenu officiellement leur enfant, aux yeux de la loi, aux yeux du monde,  10 ans déjà.

Cela n’avait pas été tout les jours facile mais ils y étaient arrivés. La petite fille maigrichonne était devenue une magnifique jeune fille de 15 ans. Par une heureuse circonstance sa date d’adoption était celle de son anniversaire et aujourd’hui ils allaient faire la fête,   famille, amis étaient attendus.

Il sentit une présence à ces côtés alors qu’un baiser était déposé sur sa tempe. Un chat noir se frotta contre leurs jambes avant de sauter sur le lit pour se blottir, roulé en boule contre l’endormie.

Le bonheur, tout simplement.
FIN
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeLun 10 Juin 2019 - 20:17

DIX ANS DÉJÀ



—  Dix ans déjà…

—  Dix ans ? Un an, tu veux dire ?

—  Quoi ?

—  Tu viens de dire, dix ans déjà !...  Tu es déjà gâteux après un an de vie commune ?

— Non, je pensais à voix haute… T’inquiète, tout va bien. Je vais préparer le petit déjeuner. Tu me retrouves dans la cuisine ?

— Dix ans de quoi ? C’est quoi cette mystérieuse décennie ? C’est avec qui ces dix ans, hein ?... Vincent !

Vincent dépose un baiser sur ses lèvres et sort de la chambre d’un pas léger, sans se retourner.

Marc se demande ce qu’il vient de se passer. Le cœur battant, les gestes lourds, il enfile un caleçon et un peignoir. Il ne sait que penser de ce que Vincent lui a dit ni de sa sortie. L’incrédulité et la jalousie se confondent, mais plus encore, c’est l’anxiété qui prend le pas et s’infiltre en lui. Ces quelques mots énigmatiques, qui résonnent dans tout son être, ont suffi à le renvoyer quelques années en arrière. Avant Vincent. Avant cet équilibre qu’il a apporté dans sa vie. Avant cet amour dont il pensait être indigne. Avant ce bonheur qu’il ne pensait réserver qu’aux autres. Une sourde insécurité s’immisce en lui. La peur qu’il pensait disparue à jamais, sa compagne d’un passé révolu, d’un temps qui n’existe plus désormais que dans ses terreurs nocturnes…


Vincent lui tourne le dos. Il fredonne un air qu’il ne connait pas. Il s’affaire dans la cuisine, prépare le petit déjeuner. Il est heureux, son sourire, celui qui ne cesse de l’émouvoir, d’ensoleiller son âme, est accroché sur son visage tandis qu’il se retourne pour le regarder avec tendresse. Un clin d’œil, un geste de la tête pour qu’il prenne place à la table et le voilà reparti à ses fourneaux. Et toujours cet air qui emplit la pièce et se mélange aux effluves des œufs brouillés.

« Merde ! Quel imbécile, je suis ! » se fustige Vincent, conscient du silence autour de lui. Marc ne dit rien et chez lui, ce n’est pas bon signe. Le silence l’enferme, le mure dans un lieu clos où il est difficile de l’atteindre.

Oui, un an que Marc a aménagé chez lui. Un an avant cela pour l’approcher, l’apprivoiser, gagner sa confiance. Et en remontant plus loin dans le temps, huit longues années à le chercher, à penser à lui tous les jours, à se sentir stupide d’être attiré par une chimère. Dix ans depuis le premier regard. Une demi-seconde, rien de plus. Un battement de cils et une demi-seconde à jamais gravés dans sa mémoire. Quasiment rien. Quasiment tout. Une demi-seconde.

Il a été inconséquent. Tout ce temps, ces dix ans n’appartiennent qu’à lui, pas à eux, pas à leur histoire... pas encore. Leur rencontre n’a que deux ans d’existence, leur vie commune n’a qu’un an. Un an, aujourd’hui.

Ils prennent leur petit déjeuner dans un silence pesant, puis Vincent prend la main de Marc, installé en face de lui.

— Que sais-tu de moi ?

Marc ne sait que faire de cette question. Elle l’effraie et le déstabilise. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ce qu’il sait de lui, c’est qu’il est sa lumière, son tout, mais ça il ne peut pas lui dire. Des mots énigmatiques, encore. Le sang pulse à ses oreilles, sa vue se brouille, la peur le tire par le fond. Mais Vincent le regarde en souriant. Ces yeux pétillent de tendresse, ses doigts assurés enroulent les siens tremblants. Il est son ancre, rassurant, sûr de lui, heureux. Vincent est heureux. Il n’y a pas de piège dans ces mots énigmatiques, la réponse est là, dans ce regard rempli d’amour, empli d’eux. Alors, Marc reprend confiance. Il déglutit bruyamment, sa bouche est sèche, il a conscience de chaque battement trop rapide de son cœur, du sang qui martèle sa tête, du tressautement de sa jambe gauche qu’il voudrait frapper, mais il n’ose pas bouger. Il n’ose pas rompre l’échange visuel, alors il se lance.

— Je sais que tu étais un enfant solitaire.

Vincent acquiesce d’un léger hochement de tête et l’encourage du regard. Marc déglutit de nouveau.

— Je sais que tu es idéaliste. Tu es romantique. Tu aimes les voyages. Les chats. Ton travail. Les tartes au citron meringuées. Les chansons des années 70. Nager dans l’océan… Tu es désordonné. Tu cries quand tes précieux disques sont rayés. Tu détestes les files d’attente… Tu es gentil. Honnête. Solide. Drôle. Sincère…

Vincent penche légèrement la tête sur un côté et caresse le pouce de Marc du sien. Il ne dit rien. Son regard est plus brillant que jamais, il pénètre son âme. Il est d’une sincérité désarmante qui le pousse dans ses retranchements. Qui le pousse à dire ce qu’il a peur de dire.

— Je sais… que tu… m’aimes.

— Plus que tout. A chaque seconde, pour ce tu étais, ce que tu es et ce que tu seras.

Le sang de Marc, qui avait migré dans sa tête, reflue à la vitesse d’une vague déferlante, le laissant étourdi, vidé de toute énergie, remplaçant la peur par une émotion indicible qui brûle son cœur et envahit ses yeux de larmes. Sa respiration se débloque et il expulse le souffle qui obstruait sa cage thoracique.

C’est le moment que choisit Vincent pour contourner la table, le lever de sa chaise et le serrer dans ses bras. Une ancre de tendresse qui chasse toute la noirceur du monde et dont Marc ne peut plus se passer.

Vincent n’est pas si serein que ça. Il est responsable du mal-être actuel de son compagnon, il doit réparer. Marc s’accroche à lui, la tension le quitte petit à petit. Son corps se fait moins rigide dans ses bras. Vincent s’écarte légèrement de lui pour mettre ses mains en coupe autour de son visage. Il lui fait un clin d’œil, écrase une petite larme avec son pouce et l’embrasse passionnément. Ses mains se déplacent sur le doux coton du peignoir et s’y promènent, puis elles trouvent le chemin de sa peau. Vincent avale le gémissement de Marc dans une inspiration.

Un grattement sur la porte vitrée de la cuisine et Marc rompt l’échange.

— Pupuce veut rentrer !

— Pupuce peut attendre, j’ai mieux à faire.

Marc repousse un Vincent un peu trop entreprenant désormais, éclate de rire, puis s’éloigne.

— Il fait très froid dehors… Viens mon Pupuce, tu es gelé.

Pupuce, un jeune Maine coon de deux ans, se retrouve rapidement dans les bras de Marc pour son gros câlin matinal quotidien.

— Tu aimes ce chat plus que moi ! se lamente Vincent en les rejoignant.

— Faut bien, tu lui as donné un nom stupide. Ça craint pour sa virilité. Pauvre Pupuce !

— Mon chéri, sa virilité ne craint plus rien depuis longtemps… La mienne par contre…

— Craint d’être au repos pour bien plus longtemps encore si tu ne m’expliques pas cette histoire de, dix ans déjà !

Un ultimatum comme Vincent les déteste, sa virilité ne s’en remettrait jamais. Et après seulement un an de vie commune, ce serait bien trop cher payé. Un an pour faire connaissance, pour se faire confiance. Un an qu’ils s’aiment. L’air qu’il chantonne depuis le lever du soleil revient en force s’immiscer dans sa tête et il le fredonne encore alors qu’il entraine Marc et Pupuce dans le salon. Cette chanson qui parle de leur un an, même si pour lui cela en fait dix aujourd’hui.
Que sais-tu d’un enfant solitaire

Qui jouait dans les rues sans lumières

Et des rêves qu’on peut faire dans la rue ?

Qu’en sais-tu ?



Tu me connais

Enfin, tu sais

Tous mes défauts

Et même mes rares qualités

Tu sais, je crois,

Tous mes prénoms

Que j’aime les chats

Et que je vis de mes chansons



Marc ne dit rien, il est dans l’expectative, et même si son angoisse n’a pas totalement disparue, elle est moins prégnante alors que Vincent est là, souriant et qu’il l’aime. Alors il sourit aussi, repliant une jambe sous ses fesses en s’installant sur le canapé, Pupuce bien calé dans ses bras. Ses ronronnements l’apaisent et se propagent dans tout son être. Pupuce a toujours su calmer la tempête en lui. Le pouvoir des chats.

Vincent s’installe sur la table basse en face de Marc, son regard s’ancre au sien, il ne le lâchera pas. Les paroles de la chanson tournent en boucle dans sa tête. Tout à l’heure, ce soir ou demain, ils l’écouteront ensemble.

— L’amour est un jeu de patience et de confiance.

Des énigmes qui sortent de sa bouche, encore et toujours. Marc se tortille sur le canapé.

Vincent est calme. Il n’a pas de secret inavouable, il veut juste préserver celui de Marc. Celui dont il ne lui a jamais parlé et dont il connait tout ou presque. Et il sait les émotions qui animent son compagnon lorsqu’il repense à ce temps si lointain et si présent à la fois. Quand Marc se mure dans le silence et qu’il ne peut plus l’atteindre, il sait que le passé revient le hanter.

— Nous connaissons beaucoup de choses l’un de l’autre, n’est-ce pas ?

C’est une question rhétorique, un constat, et Marc sent la nervosité le gagner. Il serre Pupuce un peu plus fort, trop fort. Le chat feule, mécontent, et s’enfuit. Marc n’a plus sa source d’apaisement, il ne sait plus quoi faire de ses mains, il a froid, alors il attrape un coussin. Ce substitut remplacera le chat, mais pas la chaleur animale.

— Et nous avons encore beaucoup à apprendre l’un de l’autre, ajoute Vincent.
       Que sais-tu du train de notre enfance

        Et du cinéma de banlieue, le dimanche

        Où l’on entre sans payer

        Quand le film a commencé ?


Si j’ai confiance

        Que sais-tu d’un voyage en Angleterre


En l’avenir

        D’une lettre reçue en grand mystère

C’est bien à toi

        Et de la première blessure d’un cœur sincère ?

Que je le dois

        Qu’en sais-tu ?

Et tu le sais

Oui, tu le sais



La chanson est assourdissante dans la tête de Vincent. Le silence est pesant. Les battements du cœur de Marc martèlent sa tête. Le silence est effrayant.

Deux ans depuis que Vincent a franchi le pas de sa porte, un an qu’ils partagent leur vie. A force de patience, de confiance, de ce bonheur qui rend tout si lumineux, Marc lui a parlé de sa vie… De ses 18 ans, jeté à la rue comme un rebut par un père rétrograde à qui il vouait pourtant un culte sans limite. De ses années d’errance sans le sou, des squats malfamés, des rencontres improbables. Du froid l’hiver, de la faim, de la peur, de l’envie d’en finir. De sa fuite clandestine vers l’Angleterre. « Un eldorado pour des frenchies sans un rond en poche » lui avait dit Pierre, le garçon le plus fou et le plus débrouillard qu’il ait rencontré dans sa courte vie. Big Ben lui avait tourné la tête, Pierre l’avait beaucoup amusé, mais le chemin qu’il avait emprunté était beaucoup trop dangereux. Il avait pu parfaire son anglais, avait oublié la France, avait quitté Pierre et rencontré Charlie.

Charlie n’avait pas été son amant, il l’avait sorti de la rue le jour où il l’avait trouvé endormi sur le perron de l’association LGBT qu’il dirigeait. Une résurrection. Marc s’était investi corps et âme dans l’association, avait trouvé un but à sa vie, un refuge pour panser ses blessures et réappris à vivre.

Il n’avait jamais su comment on l’avait retrouvé, mais un jour une lettre était arrivé à son nom au siège de l’association. Son père était mort quelques mois après l’avoir mis à la porte et sa mère se mourrait d’un cancer. Il s’était muré dans le silence trois longues semaines avant de faire sa valise et de rentrer au pays. Il avait passé ses deux premiers jours en France dans un service de soins palliatifs à tenir la main d’une femme méconnaissable qui n’avait même pas conscience de sa présence. Il avait vendu la petite maison et investi tout l’argent dans l’ouverture de la première association LGBT dans sa ville, avec l’aide de Charlie toujours présent dans sa vie malgré la distance. Il venait d’avoir 25 ans, avait un but dans la vie et déjà du travail par-dessus la tête, il y avait tant à faire. Et puis un jour, un an plus tard, un pompier trentenaire avait passé le seuil de sa porte, trainant dans son sillage une jeune fille au visage tuméfié, souvenir de quelques individus bien pensants qui attendaient leur sort en détention provisoire. Sa première rencontre avec Vincent, ses yeux étrangement brillants et son sourire épanoui...
Un an déjà

Que tu partages

Mes rêves et mes voyages

Mes jours de chance

Et mes nuits blanches

Un an qu’on s’aime toi et moi

Un an déjà

Et l’on commence

        Un an et l’on commence

À peine à faire connaissance

        À se faire confiance

L’amour est un jeu de patience

Un an est passé déjà



Vincent inspire longuement.

— Notre histoire commence il y a dix ans, jour pour jour. Le jour où je t’ai vu pour la première fois. Où j’ai tenu ta main… comme ça.

Joignant le geste à la parole, Vincent prend la main gauche de Marc dans la sienne et caresse de son pouce la naissance de son poignet. La main de Marc est glacée et tremblante. Des larmes, dont il n’a pas conscience, cheminent le long de ses joues, sur son cou et vont se perdre sur le col du peignoir. Pas un son ne sort de sa bouche lorsqu’il articule un « non » silencieux tout en dodelinant de la tête. Le passé lui revient comme un boomerang, en pleine figure. Les images défilent derrière ses yeux, elles occultent Vincent et tout autour de lui. Un tsunami de douleur et de nausées, qui remonte de la pointe de ses pieds à la racine de ses cheveux, menace de l’emporter. Les cicatrices sur son corps, celles dont il a dit qu’elles provenaient d’un très grave accident de la route neuf ans plus tôt, sont comme des dizaines de fers chauffés à blanc sur sa peau.

Il faut qu’elle sorte cette douleur jamais exprimée, il faut qu’il l’arrache, vite, comme un pansement sur une plaie. Pour être autre chose qu’un survivant. Pour être plus vivant que jamais auprès de celui qui le retient au bord du gouffre, qui s’est placé à ses côtés à présent, qui le tient dans ses bras, qui s’excuse de lui faire si mal. Qui lui fait tant de bien, et qui lui parle.

— J’étais là, cette nuit-là… Je t’ai trouvé dans ce squat…

Vincent raconte… L’appel au central pour signaler un début d’incendie dans un entrepôt désaffecté non loin de la ville. La montée d’adrénaline et le bruit des sirènes dans la nuit froide de ce début de printemps. L’inquiétude aussi sachant que l’endroit est le repère de squatteurs pas toujours ravis de voir un uniforme, quel qu’il soit. La police en renfort pour sécuriser les lieux et les flammes qui se profilent au loin. Vincent a 26 ans et être pompier est ce dont il a toujours rêvé. L’idéaliste au grand cœur qui fredonne des chansons des années 70 que ses collègues reprennent en cœur. Et puis l’incendie maîtrisé, les squatteurs peu nombreux ce jour-là  qui se sont enfuis dès leur arrivée comme s’ils avaient le diable aux trousses. La routine, faire le tour du bâtiment pour s’assurer qu’il n’y a plus rien à craindre, qu’il n’y a plus personne… Et puis un corps. Immobile. Gémissant. Nu. En partie dissimulé sous un tas d’immondices. Un corps désarticulé, couvert de plaies profondes. Il est jeune. Il est vivant. Il est mourant. Du sang. Beaucoup de sang. Trop de sang. Vincent appelle à l’aide, avise une main du corps supplicié, une main intacte qu’il touche, qu’il caresse tandis qu’il prononce des paroles apaisantes d’une voix tremblante. Tandis qu’il dit au jeune homme de s’accrocher. La sidération se confond à la colère, et la colère l’emporte. Les secours mettent un temps fou à sécuriser le corps à l’agonie, à le stabiliser. Sous la lumière des lampes, le jeune homme ouvre les paupières. Vincent, penché sur lui, visière de son casque remontée, ancre ses yeux dans les siens avant qu’il ne les referme. Une demi-seconde. Vincent est déstabilisé. Seulement une demi-seconde, à jamais oubliée.

— Nous n’avons trouvé aucun papier d’identité ni document sur place. Personne ne t’a réclamé. J’ai perdu ta trace dès qu’on t’a chargé dans l’ambulance. J’ai tenté de te retrouver, mais tu avais été transféré la nuit même en urgence absolue dans un autre hôpital. Je ne connaissais pas ton nom. Je ne savais rien de toi. Je ne savais même pas si tu avais survécu. Mais j’ai tenté de te retrouver malgré tout pendant longtemps. Je n’ai jamais pu oublier cette nuit-là, l’odeur des cendres encore chaudes, l’odeur du sang. Ta main dans la mienne. Ton regard… Je t’aime depuis cette nuit-là, Marc. Je ne peux pas me l’expliquer, je ne sais pas comment l’exprimer, mais c’est là depuis tout ce temps et j’ai fais avec, sans espoir de te revoir un jour… Et puis j’ai franchi la porte de ton association. Tu étais là, si près de moi, vivant et souriant, avec ce regard à jamais gravé dans mes rétines. J’ai su que notre histoire était possible, qu’elle ne faisait que commencer… Je suis si fier de toi.
Parce que je t’aime

        Que sais-tu d’un garçon trop timide

Je m’y prends mal

        Qui t’aimait sans que tu te décides

Souvent j’oublie

        À lui dire tous ces mots

Que toi aussi

Tu as peut-être

        Que tu me dis ?

Des souvenirs



Vincent inspire profondément.

— Tu étais timide et sur la réserve. Je t’ai laissé venir à moi et me raconter ta vie. Tu ne m’as pas parlé de cette nuit-là, ce que je comprenais, ce que je comprends encore aujourd’hui. Je ne pouvais pas le faire à ta place. Je n’en avais pas le droit. Pardonne-moi pour le mal que je te fais maintenant.

Marc, qui s’est détaché de Vincent depuis qu’il a commencé à parler, n’a pas cessé de soutenir son regard douloureux. Oui, il a menti sur l’origine de ses cicatrices, il n’a jamais parlé de cette partie de sa vie, de cette nuit et des deux jours qui ont précédés. Des tortures physiques. Des os qui se brisent. Des entailles dans sa chair. De la douleur. De la terreur. Des prières pour que tout s’arrête. Des rires de ses bourreaux. Il n’a jamais pu l’exprimer, l’expliquer, auprès de qui que ce soit, et il n’en est toujours pas capable aujourd’hui. Mais il sait que ce n’est pas ce que Vincent attend de lui. Marc ne se souvient pas de Vincent cette nuit-là, il ne se souvient pas de son sauvetage. Il se souvient de sa longue convalescence après le coma artificiel dans lequel on l’avait plongé. De sa longue rééducation. Seul. Puis de la rue à nouveau au sortir du centre de réadaptation fonctionnelle situé à plusieurs centaines de kilomètres de là. De sa peur. Il n’avait plus jamais pénétré dans un squat après ça. Ses tortionnaires étaient probablement toujours en liberté. Un monde fait d’ombres, d’indifférence et d’abandon… C’était l’été, il faisait chaud. Il avait marché et fait du stop jusqu’à la côte atlantique, se demandant quoi faire après ça. Ne comprenant pas pourquoi il avait survécu, quel sombre dessein était encore écrit pour lui. L’océan, sa force et son agitation, l’avait un peu rasséréné. Un homme souriant s’était approché de lui alors qu’il marchait en bord de mer. Un jeune garçon perdu, seul, comme lui. Pierre. Ils avaient alors, ensemble, tournés une page en France pour en débuter une autre en Angleterre.
Un an déjà

Que tu partages

Mes rêves et mes voyages

Mes jours de chance

Et mes nuits blanches

Un an qu’on s’aime toi et moi



Marc caresse la joue de Vincent qui ne le quitte pas des yeux, attendant qu’il réagisse. Mais Marc ne parle pas, il n’en éprouve pas le besoin, il n’a rien à ajouter. Ses larmes ont séchées, laissant des trainées blanchâtres et salées sur sa peau. Il se sent vidé et étrangement bien. Sa peur et sa douleur s’en sont allées et il en est surpris.  Elles ont reflué dans un coin de sa mémoire qu’il sait désormais pouvoir verrouiller avec plus de facilité. Vincent vient de le délester d’un énorme fardeau. Il  partage son secret et Marc comprend qu’il ne lui en demandera jamais plus. Cet aveu les soulage tous les deux et cela est suffisant. L’essentiel n’est pas là, il est dans cet amour qu’ils partagent et cette relation qu’ils construisent, pas après pas. Depuis un an ou dix ans, peu importe le temps, seul compte le chemin parcouru et il n’a jamais été aussi serein, aussi clair depuis que Marc partage sa vie avec Vincent.


Marc penche légèrement la tête sur le côté, ses yeux s’ancrent à ceux de Vincent, puis il lui fait un clin d’œil rassurant en souriant. Vincent expulse une respiration qu’il n’avait pas eue conscience de retenir et fond sur les lèvres de son compagnon pour un baiser léger, plein de tendresse et de promesses. Marc pose son front contre le sien et sourit à n’en plus finir, plus apaisé que jamais.

— Depuis dix ans ou un an, peu importe quand commence notre histoire ni quand elle finira. Je t’aime, Vincent.
Un an déjà

Et l’on commence

        Un an et l’on commence

À peine à faire connaissance

        À se faire confiance

L’amour est un jeu de patience

Un an est passé déjà



Tu es toujours auprès de moi

Et je ne le regrette pas




Chanson de Jean François Michael - Un an déjà




FIN
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeLun 10 Juin 2019 - 20:18

J’AI DIX ANS !


— Daddy ! Aujourd’hui, j’ai dix ans !

Marc se fige une seconde, pose les petits chaussons de Juliette au pied de son lit, puis la regarde en souriant.

— Non, ma chérie, aujourd’hui tu as cinq ans, tu te souviens ?

Juliette lève les yeux au ciel en soupirant. Son Daddy est stupide parfois.

— Je sais que j’ai cinq ans, Daddy, suis pas bête !... C’est mon anniversaire, j’ai le droit d’avoir ce que je veux. Je veux avoir dix ans. Je suis grande. C’est trop coooool d’avoir dix ans. Et je veux faire mon petit déjeuner toute seule… J’ai dix ans, Daddy ! Tu comprends ?

Marc toise sa fille de toute sa hauteur. Juliette, qui a enfilé ses chaussons, le regarde en fronçant les sourcils d’un air sérieux tout en serrant son doudou dans ses bras. Ses boucles brunes cascadent en désordre sur ses épaules, ses grands yeux bruns sont brillants d’anticipation, et Marc fait des efforts pour ne pas rire. Il jubile. La journée promet d’être épique. Une de ces journées qui font son bonheur et dont leur fille a le secret. Cette petite a des idées loufoques parfois. Les jours se suivent et ne se ressemblent jamais avec elle. Ils mettent Marc en joie et accentuent les cheveux blancs de son compagnon.

Marc se frotte les mains. « Et c’est reparti pour un tour ! »

— Dix ans déjà ! Coooool, ma puce ! C’est Papa qui va être ravi d’apprendre cette merveilleuse nouvelle… VINCENT !

Vincent déboule dans la chambre de Juliette, tout sourire.

— Coucou, mes amours ! On a besoin de moi ?

Il dépose un baiser sur les lèvres de Marc puis se tourne vers sa fille, la soulève dans ses bras et la fait tourner avant de se jeter avec elle sur le petit lit pour une séance de chatouilles. Juliette hurle et rit, se tortille et appelle son Daddy à l’aide. Marc ne bouge pas, il ne se dépare pas d’un sourire attendri, mais un peu malicieux. L’accalmie sera de courte durée, la guerre des nerfs est déclarée, et c’est Juliette qui a commencé. Il est aux premières loges et comme d’habitude, il compte bien en profiter en peu.

— Help, Daddy ! Papa, arrrrêttttttte ! Suis trop grrrannnde pour les cha chatouuuiilles !

Vincent rit tout en faisant des bisous dans le cou de la fillette.

— On est jamais trop grande pour les chatouilles, ma puce. Et puis, ma petite fille a cinq ans aujourd’hui.

— Nan, j’ai dix ans, Papa ! Suis trop grande, je te dis !... Je vais préparer mon petit déjeuner. Pousse-toi, Papa !

Juliette repousse son père de ses deux petites mains, descend du lit et sort de la chambre en trainant son doudou derrière elle. Vincent est étalé sur le dos, un bras recouvre ses yeux et il grogne. Marc attrape son autre bras et le tire vers lui en gloussant.

— Debout, Papa, ça va bien se passer.

— C’était quoi ça ? Elle nous refait un coup de, Je suis grande ? Je t’avertis, Marc, je n’y survivrai pas cette fois… Tu te souviens la dernière fois ? Elle était assez grande pour m’aider à faire la poussière. Je l’ai laissée une minute… bon, peut-être plus… et je l’ai trouvée en train de récurer quelques-uns de mes précieux vinyles avec une brosse à poils durs. Soi-disant pour faire disparaitre les rayures que le plumeau n’enlevait pas. Et en plus, elle m’a rapproché de ne pas être assez soigneux avec mes affaires. Soigneux, Marc !… C’est toi qui lui as appris ce mot, j’en suis certain.

Vincent pointe un doigt accusateur vers Marc.  Il est désespéré, il supplie son compagnon, qui le regarde d’un air faussement compatissant et qui fait des efforts pour ne pas rire. Selon lui, ces vinyles ne valaient pas les quelques francs qu’ils devaient coûter à l’époque.

— Ta fille est géniale, mais elle a des idées bien arrêtées parfois. Elle est pleine d’imagination et d’enthousiasme. Elle ne…

— Elle a toiletté Pupuce. Il a été traumatisé pendant trois jours. Ses poils ont mis un temps fou à repousser.

— Pauvre Pupuce ! Je sais, elle voulait t’aider parce que tu étais fatigué. Tu sais, je pense que…

— Ne lui trouve pas d’excuses ! Ne lui trouve pas d’excuses !… Marc ?

Vincent s’est rapproché de Marc, son visage est quasiment collé au sien.

— Marc, chuchote Vincent, je crois qu’il y a eu tromperie sur la marchandise. On nous a pas refilé le bon bébé. Je vais faire un test de paternité.

Marc, qui se retient depuis trop longtemps, éclate de rire à en avoir mal aux côtes. Vincent est sidéré et le fusille du regard.

— C’est ça, ris ! Il est quelle heure à New York ? Je vais appeler Sherly, elle a des comptes à me rendre !

— Laisse notre mère porteuse tranquille. Calme-toi ! Et je peux t’assurer que notre petite Juliette est bien ta fille. C’est une adorable mini-toi.

Marc prend Vincent dans ses bras, ils sont front contre front et se regardent intensément.

— Pourquoi tu m’as laissé faire ça, je t’avais dis que ce n’était pas une bonne idée pour une première fois. Mes gènes sont un peu en vrac. Tu vas me le payer.

— Oui, quand tu veux, où tu veux.

— Ne me tente pas, Marc, susurre Vincent en prenant ses lèvres pour un baiser rapide… Donc, notre fille a…

— Dix ans.

— Mais pourquoi dix ans ? C’est quoi cette nouvelle lubie ?

— Je croyais que tu aimais les décennies ?

— Avec toi, toujours.

Et les décennies commençaient à s’additionner. Vingt ans que Vincent a rencontré Marc pour la première fois, dix ans qu’ils vivent ensemble. Et aujourd’hui, leur petite fille a cinq ans… ou dix, allez savoir. Vincent est certain que la journée sera épuisante. Il reprend les lèvres de Marc pour un baiser langoureux.

— Qu’est ce que c’était ça ? demande-t-il soudain.  

Les deux hommes se séparent brusquement, un bruit d’objets que l’on cogne se fait entendre à l’autre bout de la maison.

— Juliette et son petit déjeuner ! s’écrie Marc.

— Oh bon sang ! NE TOUCHE À RIEN, JULIETTE ! NE TOUCHE À RIEN ! crie Vincent en sortant de la chambre précipitamment.

Juliette est dans la cuisine. Les sourcils froncés par l’effort, elle soulève un tabouret qu’elle dépose devant le placard et grimpe dessus.

— Non non non non non ! Tu fais quoi là, Mademoiselle ?

Vincent la soulève, la repose sur le sol et regarde autour de lui. La bouteille de lait est renversée sur la table, le lave vaisselle est ouvert et tout se qui s’y trouvait patauge maintenant dans le liquide blanc. La gamelle du chat déborde de croquettes.

— J’ai mis du désordre, Papa, mais je vais tout nettoyer. Y avait pas de bol dans le lave vaisselle.

— Ok, tu t’assoies et tu ne touches plus à rien. Tu es une catastrophe ambulante !

Juliette croise les bras et regarde son père avec une moue contrariée.

— Suis pas une catastrophe ! J’ai dix ans, je veux préparer mon petit déjeuner !

Vincent lève les yeux au ciel tandis que Marc remet la vaisselle dans le lave vaisselle. Il les regarde en souriant.

— Juliette, c’est quoi cette histoire d’avoir dix ans ? Qui t’a mis ça dans la tête ? demande Vincent.

— Le frère de Maxime a dix ans. Il est cool. C’est cool d’avoir dix ans, Papa. Daddy a dit que c’était une merveilleuse nouvelle et que tu serais content.

Vincent fait volte face vers son compagnon, qui lève les mains en signe d’apaisement.

— Je ne l’ai pas dit dans ce sens-là.

— Ouais, on en reparlera plus tard, menace Vincent en plongeant son regard dans le sien. Juliette, tu vas prendre ton petit déjeuner et ensuite il faut te préparer pour l’école. Ok ?

— Oui Papa !... Je vais à l’école toute seule aujourd’hui, j’ai dix ans.

— Pitié ! Un peu de répit, ça n’est pas trop vous demander… si ? implore Vincent, en levant les bras et le regard vers le ciel.

Juliette glousse, son Papa l’amuse toujours avec ses pitreries. Et Marc se dit qu’il ne peut pas y avoir image plus parfaite du bonheur que la vision de ces deux-là qui se défient continuellement.

Pupuce gratte à la porte et Juliette s’empresse de lui ouvrir.

— Viens, Pupuce, j’ai mis plein de croquettes dans ta gamelle.

L’énorme Maine coon de dix kilos se frotte à ses jambes en ronronnant. Elle le soulève difficilement sous les pattes avant et lui fait un bisou sur la truffe. Dans cette position, le chat, qui repose au sol sur ses pattes arrière, est aussi grand qu’elle.

Le calme est revenu et tous les trois sont attablés. Juliette ne cesse de regarder le chat qui mange ses croquettes.

— Dis, Papa ? Pourquoi il a pas d’amoureuse, Pupuce ?

— Oui, Papa ? Pourquoi il n’a pas d’amoureuse, Pupuce ? répète Marc en gloussant. Pauvre Pupuce !

— Parce que… parce ce qu’il… n’a pas… plus de… Il est…, bafouille Vincent en dévisageant sa fille. Il est vieux ! Oui voilà, il est trop vieux pour avoir une amoureuse, conclut-il satisfait en se tournant vers Marc pour le prévenir d’un « Ça aussi, tu vas me le payer.» qu’il articule silencieusement en ancrant son regard dans le sien.

Marc rit, la liste s’allonge, voilà qui promet de bons moments plus tard. Il lui répond d’un clin d’œil et Vincent ne peut garder son sérieux plus longtemps, il sourit comme un bienheureux, plus amoureux que jamais.  

— Même pas vrai, il est pas trop vieux ! affirme Juliette en avalant sa dernière cuillérée de céréales, rompant l’échange visuel entre les deux hommes. Monsieur Martin est très vieux. Il a au moins 1000 ans et il a une nouvelle amoureuse ! Elle porte des talons très hauts, même qu’elle doit se pencher pour lui faire un bisou sur la tête. Elle fait toujours ça, quand Monsieur Martin l’accompagne à sa voiture. Il est tout content.

— Bon sang ! s’étouffe Vincent en avalant une gorgée de café. Notre voisin n’est pas un bon exemple, Juliette ! Et toi, ne bouge pas un muscle ! ajoute-t-il en défiant du regard Marc, qui se mange l’intérieur de la joue pour ne pas rire. La discussion est close ! Allez, jeune demoiselle, on file te préparer maintenant !

Vincent et Juliette quittent la cuisine en désordre et Marc soupire de bonheur en les entendant parlementer dans le couloir tandis qu’il commence à ranger.

— Je me prépare toute seule, j’ai dix ans, Papa !

— Ouais, eh bien même les enfants de dix ans se font aider par leurs parents. Donc, je propose de t’aider, sinon on y est jusqu’à demain. Tu vas être en retard à l’école. D’accord ?

— D’accord, Papa !



Marc ferme la porte d’entrée derrière lui et se tourne vers ses amours. Il se met à la hauteur de sa fille et lui fait un câlin.
— Passe une bonne journée à l’école, ma puce !

Juliette hoche la tête en souriant. Marc se redresse pour faire face à Vincent. Ils se séparent d’un baiser et d’un mot tendre. En ce vendredi, Marc part travailler à l’association LGBT qu’il dirige. Vincent, pompier professionnel, est de repos, il ne reprend son service que dans trois jours. Et il sait de façon certaine que le weekend ne sera pas du tout reposant. La journée du lendemain est consacrée à la fête anniversaire de Juliette. Une quinzaine d’enfants et quelques adultes sont attendus. Une soirée pyjama avec trois petites voisines de son âge clôturera cette épuisante journée. Vincent n’appréhende pas vraiment cette dernière partie. Il connait bien les fillettes. Leurs parents sont des amis très proches et ils font du baby-sitting les uns pour les autres depuis quasiment la naissance des enfants.
 
Vincent soupire, Juliette aura peut-être retrouvé ses cinq ans demain, mais aujourd’hui, elle campe sur ses positions.

— Daddy, j’ai dix ans, je peux aller à l’école toute seule.

« Moi vivant, jamais, même quand tu en auras vraiment dix » pense-t-il en observant sa fille.

Nouveau soupir de Vincent. L’école maternelle n’est qu’à 350 mètres, mais il est certain qu’ils seront les 350 mètres les plus longs qu’il ait parcourus.

— Il n’en est absolument pas question, jeune demoiselle ! Je t’accompagne à l’école. Allez, c’est parti !

Juliette regarde son père et fronce les sourcils. Comme d’habitude, elle obéira, malgré ses idées loufoques, elle n’est pas capricieuse, mais cela ne l’empêche pas de plaider sa cause.

— D’accord ! Mais tu me colles pas, tu marches derrière moi. Tu me tiens pas la main. Suis grande… S’il te plait, Papa ?

Juliette le supplie du regard, elle est déterminée, trop craquante et Vincent n’a jamais su lui résister. Sa petite princesse, son petit miracle.

— Je reste trois pas derrière toi et si je te donne un ordre, tu obéis sans même réfléchir. Tu restes éloignée du bord de la route.

— Ouiiiiii ! Merci, tu es le plus génial des Papas !

Vincent redresse les épaules et sourit, il n’est pas peu fier du compliment.



Il marche trois pas derrière la petite Juliette, les yeux fixés sur le petit sac à dos violet. Le trajet est sans danger, de larges trottoirs et une très faible circulation sur la seule route de quartier à traverser.

Vincent a rattrapé Juliette en deux enjambées et agrippe son sac à dos. Ils sont tous les deux en arrêt devant le passage pour piétons.

— Bien ! dit Vincent. On regarde à gauche… Ton autre gauche, Juliette.

Juliette a tourné la tête à droite. Vincent pose sa main dessus et la lui fait pivoter sur la gauche. Juliette plisse les yeux de concentration et scrute la route.

— On regarde à droite.

D’un même mouvement, tous les deux regardent à droite, Vincent agrippant toujours le sac à dos de sa fille.  

— On regarde à gauche.

Mouvement de tête et toujours autant de concentration de part et d’autre.

— On regarde à droite… On regarde à gauche… On regarde à droite…

Juliette commence à s’impatienter.

— Y a personne Papa !

— On regarde à gauche.

— Papa !

— Ouais bon, y a pas de danger, vas-y traverse… et vite !

La petite se met à courir, son père la talonne, il ne lâche son sac à dos que lorsque Juliette est en sécurité sur le trottoir d’en face. Plus que 200 mètres, il marche tranquillement les mains dans les poches, ralentit quand sa fille ralentit, accélère quand sa fille accélère et jamais il ne la quitte du regard. Les boucles brunes de Juliette, qui cascadent sur le petit sac violet, sont toujours dans sa ligne de mire. Et soudain, il a le souffle coupé par un choc et pousse un cri. Une vielle dame vient de lui asséner un coup de sac à main en pleine poitrine. Vincent se frotte là où l’objet est entré en collision avec lui et dévisage la vielle dame d’un air effaré. Juliette, qui n’a pas vu la scène, s’est arrêtée au cri de son père et observe les deux adultes.

— PERVERS ! braille la vielle dame. C’EST UN PERVERS ! crie-t-elle encore en fouillant dans son sac.

Vincent ne veut pas savoir ce qu’elle va en sortir, mais il sent le danger. Il se défend.

— Mais qu’est-ce qui vous prend enfin ?

— PERVERS ! PERVERS ! Vous suivez cette petite fille, je vois clair dans votre jeu. PERVERS ! POLICE !

La vielle dame est dans tous ses états, elle est rouge de colère et tremble comme une feuille. Vincent se dit qu’elle va claquer, là, sur le trottoir, et que de pervers on le traitera bientôt d’assassin.

— C’EST MA FILLE ! crie Vincent pour mettre fin à l’hystérie du « bon samaritain » en face de lui. C’est Juliette, ma fille !

— Quoi ? Votre fille ?

Vincent hoche la tête vigoureusement et Juliette, qui l’a rejoint, tire sur sa veste pour attirer son attention.

— Tu fais quoi, Papa ?  

— C’est vraiment votre fille ? demande la vieille dame, incrédule. Mais pourquoi vous la suivez alors ? ajoute-t-elle en sortant… un téléphone de son sac.

Vincent souffle de soulagement, au moins, il ne se fera pas gazer.

— Ma fille a cinq ans aujourd’hui, mais elle s’est mis en  tête qu’elle en avait dix. Elle voulait aller à l’école toute seule, comme une grande. J’ai voulu lui faire plaisir, mais bien sûr, il n’était pas question qu’elle y aille seule. Alors je me fais discret, je la surveille pendant son trajet… Je ne suis pas un pervers.

Vincent sourit, content de cette explication concise. La vielle dame le regarde les yeux écarquillés derrière les verres épais de ses lunettes. Sa bouche est ouverte de stupéfaction. Puis elle plisse les yeux et pince les lèvres. Vincent se dit alors que ce n’est pas bon signe.

— De mon temps, on savait éduquer les enfants. Vous les jeunes, vous vous laissez mener par le bout du nez. Ce sont vos enfants qui portent la culotte et après vous vous étonnez qu’ils deviennent des délinquants. Vous êtes un de ces pères permissifs ?  Vous vous en mordrez les doigts un jour, je vous le dis, moi. Honte à vous, Monsieur !

La vielle dame s’éloigne non sans lui avoir porté un nouveau coup de sac, dans le bras cette fois. Vincent reste figé quelques secondes en la regardant partir. Il fronce les sourcils.

« Permissif, moi ! Je ne suis pas permissif… si… non ! » pense-t-il en se tournant vers Juliette qui ne comprend pas ce qui se passe. Allez, ma puce, tout va bien ! Et c’est reparti !

Juliette le regarde, soucieuse, mais son père lui sourit à présent, alors c’est que tout va bien. Elle jette malgré tout un œil sur la vielle dame, qui est déjà loin maintenant, et regarde à nouveau son père en lui retournant son sourire. Puis elle se remet en route. L’école est toute proche, Vincent distingue un attroupement d’élèves et de parents. Il soupire et réduit la distance entre sa fille et lui,  s’efforçant aussi de ne pas la fixer pendant tout le reste du trajet. Se faire traiter de pervers une fois dans une journée est bien suffisant.



— Coucou ! Je suis rentré !

— Daddyyyy !

Juliette déboule de la salle de bain et se jette dans les bras de Marc, qui la fait tourner dans ses bras en la couvrant de baisers. Elle glousse en s’agrippant à son cou et lui fait deux gros bisous sonores sur les joues. Puis Marc la repose sur le sol. La fillette est prête pour aller se coucher, ses petits yeux fatigués appellent le sommeil. Elle serre son doudou contre elle et part en direction de sa chambre.

Il est tard et il remarque que Vincent, qui les a rejoints, a l’air fatigué. Fatigué, mais heureux. Son sourire est lumineux lorsqu’il prend Marc dans ses bras. Les deux hommes échangent un baiser tout en tendresse et se séparent.

— Je n’aime pas rentrer si tard. Ta journée s’est bien passée, tu as l’air épuisé ?

— T’inquiète, mon ange ! J’ai passé une journée bien remplie, répond Vincent. Notre fille a toujours dix ans, enfin je crois. Elle n’en a pas parlé en sortant de l’école… Maintenant que j’y pense, c’est étrange… Je me suis fait agresser et traiter de pervers par une vieille dame, qui m’a dit aussi que je devrais avoir honte d’être aussi permissif. Je suis permissif ? J’ai fait réparer les freins de ta voiture, tu vas pouvoir me rendre la mienne. J’ai fait la lessive et diverses choses. La maison est propre, mon ange. Est-ce que tu as faim ?

— Tu… Quoi ?

— Je t’ai demandé si tu avais faim ?

— Non, pas ça idiot ! J’ai déjà dîné, merci. Tu as été agressé par une vieille dame ? Vincent ?

Vincent éclate de rire devant la mine stupéfaite de Marc et il ne peut se retenir de lui voler un baiser.

— Longue histoire, je te raconterai tout à l’heure. Allez viens, Juliette tombe de sommeil, c’est l’heure de son histoire et c’est ton tour, conclut-il en le prenant par la main et en l’entrainant vers la chambre de leur fille.

Juliette est déjà dans son lit, son doudou serré contre elle. Pupuce, qui ne manque jamais le coucher de sa jeune maîtresse, ronronne tranquillement à ses côtés. La fillette sourit à ses pères lorsqu’ils la rejoignent et elle tend un livre à son Daddy « Martine fête son anniversaire. Évidemment, c’est de circonstance », se dit-il en saisissant le livre et en prenant place sur la petite chaise près du lit. Vincent s’allonge, ou du moins essaie-t-il de s’allonger contre sa fille. Entre Juliette et le chat, la moitié de son corps est dans le vide. Il s’accroche à la tête du petit lit pour ne pas tomber.


L’histoire se termine et Juliette papillonne des yeux. Marc sait que dans une minute, sa fille sera profondément endormie. Vincent et lui se lèvent, Marc attrape le chat et ils se dirigent vers la sortie après un dernier baiser à la fillette.

— Papa ? Daddy ?

— Oui ma puce, chuchote Vincent en se retournant.

— J’ai plus envie d’avoir dix ans. J’ai cinq ans pour toujours.

Vincent exulte, s’il n’avait pas peur du ridicule, il ferait une dance de la joie. Il n’aurait pas tenu une journée de plus. Marc pose Pupuce, qui s’empresse de sortir de la chambre, et rejoint Vincent qui se tient debout devant le lit de Juliette.

—  Au moins pour une année, ma puce. Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ? demande Marc.

— A la récréation, Gabin m’a dit que c’est pas bien d’avoir dix ans. Il aime pas les enfants qui ont dix ans. Sa sœur, elle a dix ans et elle est méchante avec lui. Il m’a dit qu’il m’aimera pas si j’ai dix ans. J’ai dis que j’avais cinq ans. Il était trop content. Il m’a fait un bisou sur la joue. C’est trop cooool d’avoir cinq ans. Ca veut dire que c’est mon amoureux, hein, Papa ? Il peut rester à la soirée pyjama avec mes copines ? Il pourra dormir dans ma chambre lui aussi.

Vincent est blanc comme un linge, même dans la faible clarté de la chambre, Marc peut le voir, tout comme il voit ses doigts serrés sur le dossier de la chaise sur laquelle il était assis quelques minutes plus tôt. Il a la bouche ouverte et ne semble plus respirer. Un bouche à bouche s’impose et Marc se promet d’en faire usage au plus vite. Mais avant ça, le rire qu’il retient depuis quelques secondes menace de sortir et de réveiller Juliette qui s’est endormie comme une masse sitôt sa tirade terminée. Marc prend la main de Vincent et le tire vers la sortie. Il ferme la porte de la chambre, s’éloigne de quelques pas et laisse libre court à un rire tonitruant.

Vincent est sous le choc. Il n’a pas entendu… ce qu’il a entendu… Il ne voit pas Marc se bidonner devant lui. Cette journée n’a pas existé, il cauchemarde et va se réveiller, c’est sûr.

— T’as pas fini de rire ! L’heure est grave !

Marc n’en peut plus de s’esclaffer, il va mourir. Finalement, c’est peut être lui qui aura besoin d’un bouche à bouche. Mais Vincent a l’air défait et plus épuisé que jamais, cela le calme aussitôt.

— Amour, je n’y arriverai pas, se lamente Vincent. C’est trop dur d’être père. Je suis trop vieux, je n’y arriverai pas.

— Tu es l’homme le plus adorable de la terre et le père le plus génial, tu y arriveras, le rassure Marc en caressant sa joue.

— Je me suis vu dans le miroir, tu sais. Regarde ! J’ai d’autres cheveux blancs qui sont apparus aujourd’hui, j’ai des valises sous les yeux et une énorme ride du lion. Regarde, je te dis, ça n’était pas là hier, j’en suis sûr !  C’est qui ce Gabin ? Je vais aller trouver ses parents, moi. S’il s’approche encore de notre Juliette, je lui fais subir le même sort qu’à Pupuce.
 
Marc glousse et le regarde, mi-amusé mi-compatissant.

— Tu ne sais plus ce que tu dis. Tu es juste fatigué et tu as besoin d’une bonne nuit de sommeil. On va se coucher ?

— Tu crois que ça sera toujours comme ça ? J’aurais dû demander un mode d’emploi avant. Si j’avais su…

— Je crois que ce sera pire, rigole Marc devant le sérieux de son compagnon. Mon chéri, tu te souviendras de ce jour avec nostalgie dans dix ans.

— Tu crois ? Y aura quoi dans dix ans ?

— Notre petite princesse en aura dix de plus.

Vincent se décompose à nouveau.

— Seigneur ! Pitié ! Je n’y arriverai pas, Marc. Va falloir mettre des barreaux aux fenêtres de sa chambre ! Les ados, ça craint ! Mon cœur ne tiendra pas le choc. Je suis si fatigué. Pourquoi tu m’as laissé faire ça ? Je ne mettrais plus jamais mes petites graines dans un tube ! Pas question !
Marc se retient de pouffer de rire, Vincent a les épaules voutés, il semble à la fois accablé et résigné.

— Non, pas de barreaux aux fenêtres. Et c’est d’accord, tes petites graines ne sont que pour moi à présent. Viens, allons nous coucher !

Marc le prend par la main et l’entraine avec lui. Le couloir est étroit, Vincent marche derrière Marc, les yeux soudainement écarquillés et assombris par le désir. Les fesses de Marc ondulent devant ses yeux, elles l’obnubilent, elles ont un pouvoir magique sur son état physique et mental.  

— Finalement, je ne suis pas si fatigué que ça.

Marc a un large sourire.  

— Ah non ?

— Hmm hmm ! La vieille dame m’a traité de pervers et de père permissif, il faut que je te raconte… Et puis, je crois que tu dois te faire pardonner ton comportement à mon égard… Je n’ai pas oublié.  

—  Voilà une nuit qui s’annonce bien remplie, susurre Marc, en plaquant Vincent contre le mur après avoir fermé la porte de leur chambre.


FIN
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeLun 10 Juin 2019 - 20:19

Place des pauvres hommes
 
Ils s'étaient dit rendez-vous dans 10 ans
Même pag’, sur le forum
Pour voir s’il y’aurait des survivants
Parmi tous ces malheureux hommes.

Le jour est venu et lui aussi
Il veut pas être le premier.
Si jamais Lillie était par ici
Avec Cali à ses côtés.


C'est fou tous ces souvenirs effrayants
Tout c’qui s’est passé ici y’a dix ans
Ca a l’air plus calme dans l’quartier
Peut-il vraiment s’y risquer ?
 
Tous ces souv’nirs ça fait froid dans l’dos.
Où sont passées tout’ ces barjots ?
Sûr qu’elles ont déjà un scénario
Combien seront là 4, 3, 2, 1... 0 ?


Ils s'étaient dit rendez-vous dans 10 ans
Même pag’, sur le forum
Pour voir s’il y’aurait des survivants
Parmi tous ces malheureux hommes.
 
Il se souvient des mauvais moments
Ca torturait à tous les tournants
Fallait s’méfier même de son ombre.
Combien ce soir s’ront du nombre ?

Il a très peur de traverser l'couloir
Mais qu’est-c’qui le pousse à aller y voir ?
Et si Angie était par là planquée ?
Ou Aviva, ou JB…
« Tiens c’est Ianto, toi ça va bien ?
Viens par ici petit coquin…
Dis donc Charlie, ça fait plaisir
Et toi ma Sam… t’es toujours dure à cuire ? »

Ils s'étaient dit rendez-vous dans 10 ans
Même pag’, sur le forum
Pour voir s’il y’aurait des survivants
Parmi tous ces malheureux hommes.

« Dans les ordis on a connu tant d’outrages
Vous en souvenez vous ?
C’était à qui ferait le plus de carnage
De nous, de nous, de nous.
Chacune avait son chouchou attitré
Sur qui se défouler.
Et toi Donnie qu’ambitionnait simplement d’échapper à Cissy
As-tu réussi ton pari ?
Et toi Captain, et toi Castiel, et toi Tony
Et toi Sammy, et toi McKay, et toi Danny ? 
 
C’est un peu trop calme les copains !
Vous êtes sûrs qu’elles ne sont pas dans l’coin ?
Admin serait tapie dans l’ombre ?
Là-bas, dans ce coin le plus sombre ?
 
Si Aragone était là aussi
Avec ses p’tites en folie ?
Faut peut-être pas trop traîner par là
Où vous allez ? Attendez-moi !
Me laissez-pas ! Filons de là ! Attendez-moi ! »
 
Ils s'étaient dit rendez-vous dans 10 ans
Même pag’, sur le forum
Pour voir s’il y’aurait des survivants
Parmi tous ces malheureux hommes.
Pauvres hommes…. pauvres pommes… pauvres hommes….

Tiens, si on leur donnait rendez-vous dans dix ans ?


FIN



Chanson originale de Patrick Bruel
Apparaissent dans cette fiction les membres nous ayant rejoint en 2009.
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeLun 10 Juin 2019 - 20:20

Soirée de retrouvailles

Putain de soirée d’entreprise… Pourquoi s’était-il laissé convaincre d’y aller? Ah oui, pour renforcer les liens dans l’équipe… Il était encore en période d’essai, il avait voulu faire bonne figure. A présent il était au milieu d’une foule immense, avec d’un côté, un buffet de la même taille et de l’autre, un groupe de musique pop qui essayait tant bien que mal de se faire entendre dans le brouhaha des conversations. Forcément, une boite de 1200 personnes, même si seulement la moitié d’entre eux se pointaient, ça faisait encore pas mal de monde.
Les serveurs tournaient avec des plateaux de coupes de champagne et de jus de fruits. La salle de réception de l’hôtel réservée pour l’occasion avait été décorée de trucs modernes, lumineux, clinquants, bref, festifs mais moches d’après lui.
Il attrapa une nouvelle coupe de champagne, la troisième depuis qu’il était arrivé, puis se dirigea dans un coin un peu délaissé pour pouvoir observer les gens, tranquillement. Il sentit son téléphone vibrer dans sa poche. Pensant à un message de sa soeur, il n’y prêta pas attention.
Pas très loin de lui, une femme avec un rire très expressif s’esclaffait. Il essaya de deviner si elle tentait de draguer le type en face d’elle ou si elle était juste trop expansive, puis reporta son attention sur le groupe de musique. Le batteur était pas mal, avec son tatouage sur l’épaule, mais d’où il était, il ne parvint pas à en distinguer le motif. Après tout, puisqu’il était là, pourquoi ne pas se trouver un mec pour la nuit ou plus si affinité?
Nouvelle vibration dans sa poche. Alors qu’il cherchait des yeux un serveur pour troquer son verre vide contre un verre plein, la troisième vibration l’intriga. Sa soeur insistait rarement autant, sauf si c’était important. Il attrapa son téléphone de sa main libre et quand l’écran s’alluma, tout ce qu’il vit apparaître c’était trois notifications de la messagerie instantanée de la société. Pas sa soeur donc. Apparement, quelqu’un essayait de le joindre et comme il était curieux, il lança l’application de discussion, s’attendant à un message de la personne d’astreinte de son service. Dans l’informatique, on était rarement tranquille.
Appuyant sur la petite enveloppe, il lut:
    “Si je m’attendais à te voir!”
    “Depuis quand tu travailles ici?”
    “Etonnant que l’on ne ce soit jamais croisé”
Tous les messages provenaient d’un certain Gaétan Morviller. Le nom ne lui disant strictement rien, le type devait se tromper. Il hésita à répondre, puis se dit qu’il fallait être sympa avec un nouveau collègue, alors il envoya :
    “Désolé, vous devez me confondre avec un autre. Mais pour répondre à la question, je travaille ici depuis seulement deux mois et demi.”
La réponse ne se fit pas attendre:
    “Non, pas d’erreur, beau brun. Tu as un ange tatoué sur l’épaule droite.”
Surpris, il relut le message avant de scruter la foule à la recherche d’un visage connu mais fit chou blanc. Merde! Qui savait qu’il avait un tatouage? Tous ses anciens plans cul et ses quelques amants, toujours de passage, pour quelques semaines tout au plus. Ca faisait du monde. Mais combien aurait pu se souvenir de son nom?
A présent, il avait besoin d’une clope. Il n’aimait pas le sens que prenait cette intrigue, ne pas savoir à qui il s’adressait le stressait un peu. Il sortit sur la grande terrasse attenante et s’alluma une cigarette. Il avait beau se concentrer sur le prénom de l’inconnu, rien ne réveillait ses souvenirs.
Il finit par se décider à répondre
    “Ok, un point pour toi. Un autre indice?”
La réponse mit du temps à lui parvenir: l’inconnu cherchait à faire durer le suspense, apparement. Nouvelle vibration du téléphone, enfin:
    “Saint Malo, il y a 10 ans.”
Saint Malo? Sa ville natale… Gaétan? Non toujours pas. Là bas, il n’avait connu qu’un seul amant, le seul qu’il avait vraiment aimé, le seul qui l’avait quitté, parce qu’il ne supportait plus de se cacher, alors que lui était encore incapable de s’accepter, tel qu’il était, homosexuel. Son Tanou. Celui qui hantait ses nuits de solitude, avec lequel il aurait tellement aimé faire sa vie, celui pour qui la flamme ne s’était jamais éteinte. Il avait essayé de le recontacter, mais il avait déménagé. Alors qu’il était perdu dans ces souvenirs, son téléphone vibra à nouveau, le faisant presque sursauter.
    “Si tu m’as oublié, je n’ai plus qu’à bouder seul dans mon coin”
Fallait-il continuer à lui répondre? Au fond de lui, il se mit à espérer. Peut être qu’il connaissait Tanou, ou qu’ils avaient traîné ensemble quelques fois? Peut être qu’il était toujours en contact avec lui? Il tapa un message puis l’envoya:
    “Est ce que tu connais Tanou? Tu sais comment le joindre?”
Cette fois la réponse ne se fit pas attendre: un émoticône moqueur le regardait, suivi d’un autre qui était clairement mord de rire.
Puis enfin, quelques mots:
    “Attends, tu pensais que c’était mon prénom?”
A nouveau, il relut plusieurs fois le message. Est ce qu’il avait déjà trop bu? Est ce que quelqu’un se foutait de lui? Il aspira une grande bouffée de sa clope pour se calmer et rassembler ses idées. Sur le balcon, il était quasiment seul, la fraîcheur d’avril faisant fuir les convives une fois les cigarettes terminées. Apparement, personne de suspect là dehors avec lui. Il essaya alors de distinguer les silhouettes à l’intérieur de la salle de réception, mais il ne trouva rien correspondant à la description d’un “type louche qui le regardait”. Son imagination tournait à plein régime, sans doute un des effets du champagne. Et si c’était bien Tanou, cet inconnu qui lui envoyait des énigmes? Etait ce seulement possible? Il fallait qu’il réponde un truc, mais quoi?
Il fixait maintenant son écran de smartphone, incapable de se décider sur ce qu’il allait écrire et n’entendit pas les pas qui s’approchaient de lui. Une voix grave mais douce lui fit relever les yeux:

  • Salut Fabien. Tu n’as pas beaucoup changé tu sais?


Cette voix… il ne l’avait jamais oubliée, et lorsque son regard croisa le sien, son coeur manqua un battement. Il tenta une réponse :

  • Je… toi non plus, je… Tanou?




L’autre homme lui sourit, et lui dit:

  • C’est vrai que tout le monde m’appelait comme ça, mais on est resté onze mois ensemble, comment est ce possible que tu ignores mon prénom?
  • Je… pardon, je… j’étais dans mon monde à cette époque là, tu sais… Ne m’en veut pas…
  • Non, c’est plutôt marrant! Alors comme ça tu travailles ici! Tu verras, même si c’est une grosse structure, on y est plutôt bien.
  • Pour l’instant je ne me plains pas, répondit Fabien, reprenant un peu contenance.
  • Quand je t’ai aperçu, j’allais me chercher à manger et maintenant j’ai vraiment la dalle. Ca te dit d’aller dévaliser le buffet? On peut revenir après discuter ici au calme, enfin… si tu veux.
  • Oui oui, je te suis!, lui dit il avec un peu trop d’enthousiasme à son goût.




Fabien se sentait euphorique mais ne voulait pas le montrer.
Arrivés au buffet, ils se servirent copieusement puis retournèrent à l’extérieur pour s’isoler à nouveau.

  • Alors comment t’es arrivé dans cette boite? Cooptation? Chasseur de tête?
  • Chasseur de tête. Chasseuse plutôt.
  • Et tes premières impressions?
  • Belle structure, l’équipe est sympa, et le projet sur lequel je travaille est super intéressant… Je suis encore en période d’essai et j’espère surtout qu’il vont me garder.
  • C’est une bonne boite, et si tu bosses bien, y’a pas de raison!
  • Et toi tu es là depuis longtemps?
  • Trois ans quasiment, et franchement je ne suis pas prêt de partir, je m’éclate bien. Tu es venu… seul à cette soirée ?
  • … Oui, j’avais pas envie d’être là, mais là tout de suite je bénis mon chef qui m’a forcé à venir. Et euh… je suis seul parce que célibataire, pas parce que je me cache. Je m’assume maintenant.
  • Ravi de l’apprendre, répondit Gaétan dans un grand sourire.



Fabien se sentit rougir et espéra que son interlocuteur ne s’en rendrait pas compte. Plongeant son regard dans son assiette, il osa:

  • Je… Et toi? Tu es venu… seul?
  • Je ne suis pas accompagné non plus, non… je suis tellement célibataire en ce moment que je n’ai même pas de PCR.
  • PCR?
  • Plan Cul Regulier, lui répondit Gaetan, fier de son effet quand il constata que son ami rougissait de plus belle.
  • T’es con…



Doucement, la discussion s’orienta sur leur parcours respectif, puis sur les souvenirs qui leurs restaient de leur vie à Saint Malo. Pris dans leur bulle, ils ne remarquèrent pas que le temps filait et que les trois quarts des convives étaient à présent partis avec les derniers métros.
Lorsqu’un serveur s’approcha d’eux pour leur indiquer qu’il était désolé mais qu’il devait fermer la terrasse, Fabien fut pris d’une panique qu’il essaya de dissimuler tant bien que mal. Il ne voulait pas déjà quitter son ami, c’était trop tôt. Heureusement, Gaétan ne voulait pas finir la soirée comme ça non plus et lui proposa de partager un taxi ou de le raccompagner s’il n’habitait pas loin.

  • J’habite à 10 minutes à pieds, avait répondu Fabien, ne sachant pas trop s’il devait lancer l’idée d’un dernier verre chez lui.
  • Alors c’est parti, je te suis!



Alors qu’ils marchaient, un silence s’était installé. Effectivement Fabien n’avait pas menti sur la distance, ils arrivèrent rapidement au pied de son immeuble. Inspirant un grand coup, il demanda:

  • Tu veux… monter ? Je…
  • Oui.



Fabien regarda son ami dans les yeux et y vit l’étincelle de désir qui lui avait tant manqué. Il sourit et lui prit la main pour l’entraîner vers l’entrée de l’immeuble puis vers l’ascenseur qui les attendait au rez de chaussée. Lorsque ses portes se refermèrent et qu’il entama sa montée vers le cinquième étage, Gaétan poussa son ancien amant contre la paroi et l’embrassa, d’abord doucement, puis avec passion quand une bouche gourmande lui répondit. Lui aussi avait beaucoup pensé à Fabien toutes ces années, souvent avec la nostalgie de l’avoir quitté juste parce qu’il ne s’assumait pas. Il aurait du être plus patient, l’aider à traverser ce moment, et surtout rester avec lui parce qu’il l’aimait à la folie. Personne n’avait prit sa place jusque là.

Arrivés au bon étage, à regret, ils se séparèrent, juste le temps de retrouver les clefs dans une poche et de déverrouiller la porte de l’appartement. Une fois à l’intérieur, le baiser reprit, impétueux et nécessaire, tout le manque de ces dix ans de séparation se faisant ressentir. A bout de souffle mais euphorique et aux anges, Fabien les entraîna dans la chambre, où les vêtements disparurent bien vite et laissèrent la place aux caresses sur leur peau brûlante. Prenant le temps de se redécouvrir, ils firent l’amour avec la passion des premières fois.
Au petit matin, alors qu’ils étaient blottis l’un contre l’autre, Gaetan murmurra:

  • Pardon d’avoir été aussi con… on a perdu tellement de temps.
  • Non… je veux dire, oui, mais ça m’a permit de devenir moi même et de vivre pleinement ma vie... On s’est retrouvé, c’est tout ce qui compte.
  • Ca aurait pu se passer autrement… Je ne veux plus jamais vivre ça, vivre sans toi.
  • J’ai tellement espéré ce moment. Putain qu’est ce que je t’aime!




Ils échangèrent un dernier baiser et une dernière étreinte avant de s’endormir enlacés. Le hasard avait réuni ces deux âmes et désormais une nouvelle vie pleine de promesses s’ouvrait à eux.

FIN
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeLun 10 Juin 2019 - 20:21

10 ans déjà 10_ans11
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeLun 10 Juin 2019 - 20:22

10 ans déjà ...une rupture douloureuse



Le soleil est déjà levé depuis un long moment , je sirote doucement et calmement mon café.....je suis en vacances et je n'attends rien de spécial de cette journée. Les grandes vacances ont commencé depuis 3 semaines et c'est la première semaine que je profite seulement de la maison.


C'est l'été , les 3 chats de la maison roupillent à l'étage après une nuit à chasser , les chiens sont allongés à mes pieds et attendent patiemment un petit geste de ma part.
Les voisins ne sont pas là non plus ! J'ai souvent l'habitude de discuter avec Patricia tout en buvant chacune notre café !


Comme je suis donc seule , je prends mon smartphone , j'avoue que je tous les matins , je joue à Candy crush et j'adore !!! Une alerte facebook interrompt ma partie , je râle déjà !


Et je vois ton invitation , 10 ans après s'être rencontrées , 10 ans après avoir détruit ma vie , après avoir mis mon cœur en miette , tu reviens hanter mes jours et mes nuits. Je ne sais pas ce que je dois faire : d'un côté la curiosité de savoir ce que tu deviens aussi ....mais oui j'ai souvent pensé à toi .....peut-on oublier la personne qui a détruit votre cœur....je ne pense pas ! Et puis il y a tous ces souvenirs.....ces concerts où nous allions toutes les deux, ces Week-ends à Marly-Le-Roy , cette magnifique visite au musée Rodin, ces Thalys que l'on prenait fréquemment pour se rejoindre, les cimetière parisien ,cette passion pour Édith , ce 78 tours que nous avions déniché aux Puces de Bruxelles.


Notre premier baiser , le premier pour moi , le vrai....avant toi il y avait Julien , avant toi il n'y avait qu'un seul monde , celui où je me cachais , celui où je ne révélais à personne qui j'étais vraiment . C'est vrai que pour cela je te dois beaucoup , tu m'as permis d'être vraiment moi mais à quel prix....


j'étais folle amoureuse ça à l'air bête sur le coup mais c'était vraiment ça...je ne pensais plus qu'à toi , je ne vivais que pour toi , je m'étais oubliées subjuguéepar ta présence , par tes mots , par nos nuits.......tu étais mon monde et je pensais sincèrement que j'étais le tien. Mon dieu que je t'aimais et je crois que je t'aimerais toute ma vie car un cœur ne peut jamais oublié quand il a autant aimé ,,,,,,et j'ai vite appris que le cœur peut autant haïr et détester qu'il peut aimer ....pendant des mois il a balancé entre les deux.....la souffrance révèle aussi qui on est vraiment ! La souffrance révèle de quoi on est capable.


On dit que les blessures nous rendent plus fort me ce n'est pas vrai ! Les blessures font de nous une autre personne....ce matin quand tu m'as regardée et que tu m'as dit que c'était fini , que tu avais craqué sur une autre fille......ma vie s'est arrêté...


Pendant des mois , j'ai tourné en rond dans ma chambre , refusant de sortir , je me suis investie comme une dingue dans mon travail....


Il y a eu cette autre fille mais que je ne m'aimais pas mais je pensais qu'au moins elle ne me détruirait pas......


Je lis tes mots , que j'ai toujours été une belle âme , mais à quoi tu joues , tu es mariée ou pacsée , j 'en sais rien .....je garde de toi ce goût amer , je garde de toi une souffrance qu'encore aujourd'hui ne je ne peux pas oublier , je ne peux pas mesurer,,, aujourd'hui , je suis encore incapable d'écouter Mylène Farmer ...mais oui ce concert où nous devions aller , ces deux places de concert que tu avais gardées , que tu ne m'as jamais rendues.....est-ce pitoyable de t'en vouloir encore aujourd'hui.....est-ce que je suis une mauvaise personne de t'en vouloir encore après 10 ans....


Parfois j'aimerais qu'une personne normale me réponde qu'un coeur ne peut effectivement pas guérir ou se remettre quand il a tellement aimé,,,,,




Heureusement aujourd'hui , j'ai rencontré une personne extraordinaire avec laquelle je suis depuis si longtemps.....j'accepte ton invitation et je t'éclate de mon bonheur et du plus profond de moi , j'espère qu'un jour , toi aussi tu tomberas de haut....


FIN
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeLun 10 Juin 2019 - 20:26

Rien est a moi mise a part cet écrit......Oui tout le monde s'en doute mais c'est toujours bon de le rappeler)Tout appartient aux créateurs et scénaristes de la série "The Magicians"
Pour le contexte j'ai pondu cette petite chose avant la fin de la saison 4......Et je ne suis vraiment pas comme la qualifiée XD Mais sa m'est venu après l'épisode 5 de la saison 4)


Une longue vie éphémère



50 ans c'était toute une vie, alors qu'était 10 ans de plus .

Dans la vie d'Eliot et Quentin c'était considérable. Une séparation douloureuse non désirée, une saloperie de plus a affronté, une nouvelle menace menée à eux alors qu'ils auraient pu l'évitée, une pierre de plus a leurs problèmes relationnels .

Chacun de son coté était replongé dans la version d'eux qui avaient eu du temps... Un avenir... Une histoire... Un amour indéfectible qu'il n'aurait certainement pas pu vivre s'ils étaient resté dans leur temporalité.

Entre eux sa marchais. Et comme l'avait dit Quentin, qui pourrais avoir une preuve de faisabilités comme la leur ?

Alors 10 ans...15 ans...ou même 20 ans de plus... Quelle différence pour des âmes comme les leurs ?.....

Fin
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeLun 10 Juin 2019 - 20:28

Le retour
 
Il rentrait…. Après ces longs mois, ces saisons entières passées à l’étranger, il rentrait enfin chez lui, sans savoir ce qu’il allait y retrouver. Sa haute silhouette sèche, burinée, détonait parmi les passagers qui descendaient de l’avion. Il en dominait la plupart d’une bonne tête et pouvait ainsi, sans difficulté, observer la foule qui attendait ceux qui arrivaient.
Mais il eut beau chercher, il ne vit aucun visage familier parmi la cohue. Il avait pourtant envoyé un message à ses parents et à Anna. Pas vraiment un message leur demandant de l’attendre, juste quelques mots pour leur dire qu’il revenait… définitivement.

Elle n’avait pas été facile à prendre cette décision. Ils avaient tellement besoin de lui là-bas. Au fil des saisons il était devenu plus que leur médecin : leur ami, leur confident, leur médiateur aussi. C’était tellement étrange pour un jeune homme qui n’avait pas vingt-cinq ans quand il était arrivé de se trouver ainsi considéré comme celui détenteur du Savoir, de la Parole, celui dont les conseils étaient des ordres, les suggestions des obligations. Il aurait pu perdre la tête, se perdre lui-même,  mais il avait trop de bon sens, trop d’humilité aussi, pour s’égarer. Il savait que lorsqu’on n’a rien on se raccroche à pas grand-chose. Il était ce pas grand-chose.

A l’origine il était parti pour six à dix mois, pas plus. Il se remémorait le sourire un peu crispé d’Anna lorsqu’elle l’avait accompagné à l’aéroport. Il avait hésité alors à la laisser derrière lui mais c’était elle qui l’avait encouragé :
« Vas-y… C’est ton rêve. En aucun cas je ne veux être un obstacle à celui-ci. Sinon, un jour, c’est notre amour qui en pâtira. Vas-y… Fais ce que tu crois juste, et reviens-moi plus fort de cette expérience et plus amoureux encore… »
Il y avait un sanglot dans la voix de sa belle, mais elle lui souriait. Et c’est ce sourire qu’il recherchait aujourd’hui, sans le trouver. Que croyait-il ? Il n’était pas revenu… D’abord il y avait eu cette épidémie, puis cette attaque, la malnutrition, le paludisme… Tant de malheurs qui, à chaque fois qu’il envisageait son retour, le clouaient sur place, incapable de laisser derrière lui tous ces gens qui n’avaient que lui. Certains de ses collègues le taxaient de vaniteux.

« Nul n’est irremplaçable. Ils ont survécu avant toi, ils survivront après. S’attacher n’est pas une solution, tu devrais le savoir. Un autre serait au moins aussi bon, voire meilleur que toi… » Toutes ces phrases ils les avaient entendues de différentes sources, à différents moments, tournées de différentes manières… mais en substance, elles voulaient toutes dire la même chose.

Avaient-ils raison ces donneurs de leçons ? S’était-il fourvoyé ? Avait-il exagéré sa propre importance ? Et s’il était parti au bout de dix mois, comme convenu ? Qui pouvait dire que la situation aurait été pire ? Oui, mais s’il était parti, qui aurait sauvé le petit Naroyo ? Qui aurait permis à Maléna ne mettre enfin au monde un enfant vivant après en avoir perdu cinq ? Qui aurait amputé la jambe du vieux N’Golé, lui permettant ainsi de vivre encore de belles années en claudiquant sur la béquille sculptée par son fils ? Toutes ces vies qu’il avait tenues entre ces mains, seraient-elles encore de ce monde sans lui ?
Une petite voix lui disait que oui, que d’autres auraient pu faire ce qu’il avait fait, que d’autres, peut-être, auraient sauvé ce qu’il n’avait pas pu arracher à la camarde. Qui pouvait savoir ? Qui pouvait comprendre ce sentiment qui l’envahissait lorsqu’il se sentait utile. C’était pour ça qu’il était devenu médecin, pour sauver des vies, aider les personnes dans le besoin, pas pour avoir un beau cabinet où il aurait reçu des hypocondriaques pour alimenter un compte en banque toujours plus fourni tandis que sa vie lui aurait semblé toujours plus vide.

C’était cela qu’Anna avait compris en le laissant partir. Depuis qu’elle le connaissait, il ne lui parlait que du moment où une fois qu’il aurait acquis assez d’expérience, il partirait soigner les gens au bout du monde, ces gens qui n’avaient rien et qu’on oubliait. A la base elle avait déclaré qu’elle partirait avec lui : une sage-femme serait toujours utile, ses connaissances médicales seraient un précieux atout. Ils n’avaient pas prévu Sylvère…

Lorsqu’il avait tenu ce petit bout de lui entre ses bras, son cœur s’était partagé en deux : d’un côté cette joie incommensurable d’être père, de savoir qu’il allait compter plus que n’importe qui pour ce petit garçon qui n’avait pas demandé à être là ; d’autre part, l’idée que jamais il ne réaliserait son rêve ternissait un peu cette joie. Anna l’avait compris. C’était elle qui avait cherché la mission, elle qui l’avait poussé à partir, lui répétant à l’envi qu’à l’âge qu’il avait Sylvère ne se rendrait même pas compte de son absence.

« Mais je vais manquer toutes ses premières fois…
- Il y en aura tant d’autres des premières fois… Et je t’enverrai des vidéos, je te parlerai de ses progrès.
- Il aura presqu’un an lorsque je reviendrai… Il marchera peut-être déjà.
- Peut-être… Mais tu sais que les souvenirs de cet âge-là s’estompent si vite. Il vaut mieux que tu partes maintenant que lorsqu’il aura deux ou trois ans, qu’il se sera attaché à toi et qu’il ne comprendra pas pourquoi son papa n’est pas là. »
Déchiré entre ce qui lui semblait son devoir et son envie de partir, il avait fini par choisir l’aventure. Anna avait raison : il reviendrait au moment où son fils commencerait à marcher, à parler, à se forger de vrais souvenirs, des souvenirs dans lesquels il serait.

Il n’avait pas prévu le piège de la passion, de l’empathie, de la misère… Il n’avait pas prévu que les dix mois deviendraient un an, puis deux…

Petit à petit les lettres d’Anna s’étaient faites plus rares : un simple mot à Noël ou pour son anniversaire, puis plus rien. Pourtant il avait envoyé ce message annonçant son retour, comme si tout était normal, comme il l’aurait fait au bout de dix mois… Et elle aurait été là, avec leur petit dans sa poussette, ce petit qui ne l’aurait pas reconnu et qu’il n’aurait pas vu grandir.

Aujourd’hui il n’y avait personne pour l’attendre.

- Marc !
Cette voix ! Il se retourna, sourit en les voyant approcher, à la fois tellement semblables et tellement changés. Et puis il fut dans les bras de sa mère qui ne se lassait pas de le regarder, de le toucher, de l’embrasser. Son père fut plus réservé, comme à son habitude, mais il pouvait lire l’émotion dans son regard. Ils étaient là, eux sur qui il savait pouvoir toujours compter.
Pourtant il ne repartit pas avec eux. Ils avaient parlé, il leur avait dit qu’il passerait chez eux, mais il devait aller voir Anna. Elle vivait toujours dans la maison qu’ils avaient achetée avec l’argent qu’il avait touché à la mort de son grand-père. Bien qu’il l’ait payée, elle était à leurs deux noms parce qu’il n’avait pas été question pour lui de s’accaparer ce qui, dans son esprit, était à eux. Certes il avait apporté l’argent, mais ce n’était même pas une somme qu’il avait gagné : le sort la lui avait accordée. Dès lors, devait-il vraiment distinguer le sien de celui de sa compagne ? Non… Ce n’était pas ainsi qu’il envisageait la vie.

Lorsqu’il arriva devant la maison, il s’aperçut tout de suite qu’elle avait été soigneusement entretenue : le jardinet était net, tondu de frais, bien différent des friches auxquelles il était habitué, la façade avait été repeinte récemment et les vieilles fenêtres de bois remplacées par du PVC, plus durable, la toiture aussi semblait avoir été refaite. Anna avait-elle utilisé l’argent qui était versé sur leur compte commun en paiement de son salaire de médecin, argent auquel il n’avait pas touché, se contentant de l’indemnité qu’il percevait sur place et qui suffisait amplement à ses besoins d’autant plus simple qu’il n’y avait rien à acheter là où il se trouvait ? Peu importait… Il se fichait de savoir ce qui lui restait sur ce compte, si elle avait dilapidé le fruit de ses efforts ou si elle l’avait amassé. Quoi qu’elle ait fait, elle avait sa bénédiction pleine et entière.

Il respira profondément, soudain pris de panique… Après tout ce temps…
Puis il se décida à traverser la rue et vint sonner à la porte.

Celle-ci s’ouvrit sur un petit garçon qu’il ne connaissait pas :
- Bonjour monsieur. Qu’est-ce que vous désirez ?

C’est alors que tout ce temps vint le heurter en pleine face. Il les connaissait ces cheveux paille, un peu rêches, ces yeux bleu-vert, ce sourire qui découvrait les « dents du bonheur ». Nul besoin d’un test ADN pour savoir qu’il se trouvait devant son fils tant celui-ci lui ressemblait au même âge.

Tandis qu’il restait planté là, incapable de dire le moindre mot, une silhouette se dessina derrière l’enfant. Anna était telle que dans ses souvenirs, peut-être un peu plus enrobée, avec déjà quelques cheveux blancs dans cette coupe qu’il ne lui connaissait pas, mais c’était son Anna, celle qu’il aimait plus que tout et qu’il avait pourtant laissée si longtemps seule.
Elle aussi resta figée devant le revenant : elle avait pourtant bien reçu son message, mais elle n’y avait pas cru. Il lui en avait envoyé tellement du même genre au fil des années.

- Anna…

Tandis qu’il avançait la main vers elle pour toucher son visage, elle recula :

- Non Marc…

L’enfant les regardait, ses yeux passant de l’un à l’autre en essayant de comprendre ce qui se passait.

Puis il y eut un bruit de moteur et une voiture se gara devant la maison. Un homme en sortit et le petit garçon se précipita vers lui en criant : « Papa ! »

Les yeux de Marc s’emplirent de larmes en regardant l’homme tenir dans ses bras l’enfant qui se pendait à son cou. Puis un autre gamin sortit en trombe de la maison, pas plus de trois ans, pour rejoindre le père et l’enfant, se jetant à son tour dans les bras de l’homme.

Marc regarda à nouveau Anna, sans un mot.

- Ca fait dix ans Marc… Dix ans ! Qu’est-ce que tu croyais ?
 
FIN
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeLun 10 Juin 2019 - 20:51

Que de belles histoires et montage!!!! Le fofo a été gâté! J'ai eu du mal à en choisir trois mais c'est fait. Cissy a voté! clin d\'oeil


10 ans déjà Signat1010 ans déjà Cissy_10
Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux, ils en diraient bien davantage (S. Guitry)
La bêtise est infiniment plus fascinante que l'intelligence. L'intelligence, elle, a des limites, tandis que la bêtise n'en a pas (C. Chabrol)
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeLun 10 Juin 2019 - 22:28

Ravie d'avoir pu lire tous ces textes, et voir ce beau montage, bravo à toutes   bravo


Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière.
Michel Audiard


10 ans déjà Signat10
Merci Lillie!!
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeMar 11 Juin 2019 - 9:41

Voilà c'est fait j'ai voté ( et juré je n'ai pas voté pour moi rire démoniaque)


10 ans déjà Bannie10
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeMer 12 Juin 2019 - 20:06

Voilà c'est fait 
Bravo à tous


10 ans déjà Paul__10


Tous les silences ne font pas le même bruit... 
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeVen 14 Juin 2019 - 22:36

voté aussi. bravo  Bravo à toutes bravo


10 ans déjà Catouc10
Rien n'est plus fort et plus intimidant que l'intensité d'un regard posé sur soi...
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitimeHier à 12:02

A voté clin d\'oeil  bravo à toutes et tous pour ces belles créations bravo


Le silence est parfois plus éloquent que les mots

10 ans déjà Banniy10 ** 10 ans déjà Aragon10
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MessageSujet: Re: 10 ans déjà   10 ans déjà Icon_minitime

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